Groupe Santé Devonian prépare les essais cliniques de phase 3 de son médicament d’ordonnance contre l’eczéma. Les essais de phase 2 ont prouvé l’efficacité et l’innocuité du Thykamine. La société pharmaceutique botanique québécoise, dont les actions sont inscrites à la Bourse de croissance de Toronto, espère pouvoir commencer sa nouvelle étude dès l’automne prochain.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Le président de Groupe Santé Devonian, André Boulet, est un passionné de la science appliquée. Lors d’un entretien en vidéoconférence avec La Presse, le scientifique n’a pu cacher son immense enthousiaste face aux résultats obtenus jusqu’ici avec son Thykamine pour les adultes. L’étude de phase 3, d’une durée de 18 mois, sera effectuée au Canada à l’automne si tout va bien ou au plus tard à la fin de l’année, précise-t-il. « La COVID-19 a eu et a toujours un impact majeur sur l’initiation d’études cliniques. »

Ce médicament contre la dermatite atopique, communément appelée eczéma, a un effet anti-inflammatoire important, relate-t-il, si bien qu’il sera bientôt testé pour de jeunes patients.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

André Boulet, président de Groupe Santé Devonian

Parmi les 192 produits actuellement en développement contre l’eczéma, seulement trois ciblent la population pédiatrique, relève le scientifique. « De ces trois produits, il n’y a que le Thykamine qui cible l’âge de 3 mois et plus, dit-il. C’est aussi la seule option qui est non chimique. C’est important de le préciser, car il y a une plus grande acceptabilité par les parents quand ce n’est pas chimique. »

André Boulet et son équipe travaillent sur le Thykamine depuis plus de 15 ans. Ils ont découvert que le médicament pourrait aussi être utilisé pour le syndrome de mains et de pieds associé à la chimiothérapie (rougeurs, gonflements, brûlures) ainsi que pour la radiodermatite, un des effets secondaires les plus courants de la radiothérapie appliquée pour certains cancers, qui entraîne des problèmes de peaux tels que l’érythème, la desquamation et l’inflammation. Les études de phase 1 ont démontré son efficacité.

Médicaments botaniques sur ordonnance

Incorporé en 2015, Groupe Santé Devonian développe des médicaments d’ordonnance dérivés de plantes et des produits cosméceutiques dans son usine ultra-sophistiquée à Montmagny. « Les médicaments que l’on développe ne sont pas des produits de santé naturels vendus sur les tablettes des pharmacies. Ce sont des médicaments pour lesquels un médecin doit faire une ordonnance et ils sont remboursés par les formulaires provinciaux et par les compagnies d’assurance », précise André Boulet.

Moins connus du grand public, quelques médicaments botaniques sont actuellement approuvés par Santé Canada et la Food and Drug Administration (FDA) depuis quelques années et prescrits ici, notamment le Veregen pour les verrues génitales, le Curasite qui traite les ulcères diabétiques du pied et le Fulyzaq pour le soulagement de la diarrhée chez les patients atteints du VIH.

« Un des avantages financiers des médicaments botaniques pour une société pharmaceutique, c’est qu’il y a jusqu’à cinq ans d’exclusivité commerciale et que c’est difficile d’en faire une copie générique », soutient André Boulet.

Financé par des entrepreneurs québécois

Groupe Santé Devonian a été financé par des entrepreneurs québécois de Sept-Îles, Montmagny, Québec, Grand-Mère, Trois-Rivières, Drummondville et Montréal. « Ce sont des hommes d’affaires connus, qui sont avec Devonian pour le long terme. Le but depuis le début, c’est de construire une pharmaceutique, ici, au Québec. C’est vrai qu’il faut arrêter de prendre du capital de risque ici et, quand on est près du succès, vendre à l’étranger. »

André Boulet affirme que ce serait de toute façon très compliqué de déménager son usine ailleurs et qu’il faudrait prévoir une interruption de production de deux à trois ans. Or, le scientifique a de toute façon d’autres ambitions avec sa société pharmaceutique botanique. Il souhaite que les jeunes scientifiques de demain viennent y apprendre le développement des médicaments.

« Si on peut créer une société qui va amener les jeunes à se découvrir une passion pour ce travail et la développer, je vais avoir atteint un autre de mes buts. Je n’ai pas la prétention de faire une grande école pharmaceutique, mais j’aimerais que Devonian soit un endroit où les jeunes pourront acquérir des connaissances », conclut-il.