(New York) La compagnie américaine Delta Air Lines vient de subir avec la pandémie « l’année la plus dure de son histoire » en perdant 12,4 milliards de dollars, mais espère pouvoir rebondir dans les prochains mois.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

C’est la première fois depuis 2009, à la fin d’une grande crise financière mondiale, que la société finit l’année dans le rouge.  

En 2019, elle avait enregistré des profits records.

Mais avec la propagation de la COVID-19, les confinements et mesures de restrictions imposées par les autorités, la suspension des voyages d’affaires, le trafic aérien s’est effondré l’an dernier, aussi bien sur les vols intérieurs que sur les vols internationaux.

Les autorités américaines ont recensé 324 millions de passagers l’an dernier, contre 824 millions en 2019.  

Le groupe Delta a été directement touché : son chiffre d’affaires a chuté de 64 % à 17,09 milliards de dollars sur la période.

Il n’a pas licencié directement, mais 40 000 employés ont quitté l’entreprise via des plans de départs volontaires ou des congés sans solde.  

« On a encore en janvier 10.000 salariés qui sont en congés non payés », a souligné le patron Ed Bastian, lors d’une conférence téléphonique.

Malgré des pics de trafic au moment des fêtes familiales de fin d’année, le chiffre d’affaires de Delta est resté en baisse de 65 % au quatrième trimestre.  

Rentable à l’été ?

Le groupe a toutefois limité l’hémorragie entre octobre et décembre, avec une perte nette contenue à 755 millions de dollars.

Il est parvenu à mieux gérer la crise : sur la période, il a brûlé en moyenne 12 millions de dollars par jour contre 24 millions au troisième trimestre.  

À la fin de l’année, grâce à des mesures de soutien du gouvernement et à d’importantes levées de fonds sur les marchés, Delta disposait de 16,7 milliards de dollars de liquidités dans ses coffres.

« Même si nous allons continuer à faire face à de grands défis en 2021, je suis optimiste sur le fait que ce sera une année de reprise », a avancé M. Bastian dans le communiqué de résultats.  

La compagnie devrait revenir à la rentabilité « cet été », a-t-il précisé lors de la conférence téléphonique.

Le chiffre d’affaires au premier trimestre devrait toutefois rester 60 % à 65 % inférieur à la même période de 2019, quand la pandémie n’avait pas encore grippé le trafic aérien, et la compagnie devrait continuer à perdre 10 à 15 millions de dollars par jour.  

Delta estime qu’il y aura trois principales phases cette année, a expliqué l’un de ses responsables Glen Hauenstein.  

« Le début de l’année sera caractérisé par une reprise instable de la demande et une courbe de réservation qui reste sous pression », a-t-il expliqué.  

Cette période « sera suivie d’un point d’inflexion, et enfin d’une reprise soutenue de la demande au fur et à mesure que les clients reprendront confiance, que la vaccination se généralisera et que les bureaux rouvriront », a ajouté le responsable.

Les voyages d’affaires devraient prendre plus longtemps à revenir à la normale que les vols pour tourisme, a-t-il précisé lors de la conférence téléphonique.  

Parmi les plus grosses entreprises ayant un compte auprès de Delta, 40 % anticipent un retour au niveau de 2019 d’ici 2022, et 11 % d’ici 2023. 7 % estiment qu’elles ne reviendront jamais au niveau de 2019 et 42 % préfèrent ne pas se prononcer.

Delta devrait par ailleurs bénéficier de nouvelles aides du gouvernement, le plan de relance adopté fin 2020 aux États-Unis prévoyant 16 milliards de dollars pour sauver des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur.

La compagnie devrait en recevoir 3 milliards, a souligné M. Bastian lors de la conférence téléphonique.

L’action du groupe prenait 2,47 % dans les premiers échanges à la Bourse de New York. Même en forte chute, son chiffre d’affaires au quatrième trimestre comme en 2020 s’est révélé un peu supérieur aux attentes des analystes.