(Calgary) Le chef de la direction de Suncor Énergie, géant des sables bitumineux et du raffinage, dit observer des signes d’une légère augmentation de la demande de carburant de la part des consommateurs, mais il ne s’attend pas à une reprise complète dans le secteur canadien de l’énergie avant au moins 2022.

La Presse canadienne

La société établie à Calgary a surpris les analystes en réduisant son dividende trimestriel de 55 % — après 18 années consécutives de hausses des paiements aux actionnaires — alors qu’elle dévoilait, tard mardi, une perte nette de 3,525 milliards pour le premier trimestre.

Le grand patron de l’entreprise, Mark Little, a expliqué mercredi, lors d’une conférence téléphonique, que la réduction était nécessaire, car la société réinitialisait son objectif d’atteindre le seuil de rentabilité à un prix de 35 $ US pour le baril de West Texas Intermediate — le prix référence américain — en baisse par rapport à sa cible précédente de 45 $ US, en raison de l’impact de la pandémie de COVID-19.

Il a précisé que Suncor, qui vend du carburant à travers le Canada par l’entremise de son réseau Petro-Canada, avait observé une réduction de la demande de 50 % pour l’essence, de 70 % pour le carburéacteur et de 20 % pour le diesel.

Dans un contexte où les réservoirs de stockage de pétrole se remplissent près de leur capacité maximale, tout rebond de la production de pétrole en amont doit être alimenté par une reprise en aval, et cela signifie que cela dépend du moment où les gouvernements rouvriront l’économie et les consommateurs auront assez confiance pour voyager à nouveau, a expliqué M. Little.

Le chef des finances, Alister Cowan, a indiqué lors de la conférence qu’il s’attendait à ce que la dette brute de Suncor, d’environ 20 milliards, augmente de 2 milliards à 3 milliards cette année, mais la société atteindra le point d’équilibre du point de vue des flux de trésorerie en 2021.

« Bien que nous nous attendions à une reprise substantielle du marché du brut d’ici 2022, le risque d’une période d’incertitude économique prolongée, se traduisant par de plus faibles prix des matières premières et une volatilité plus élevée, reste possible », a affirmé M. Little.

Suncor a annoncé mardi qu’elle diminuerait son plan de dépenses en immobilisations de 2020 à 3,8 milliards, lui imposant une nouvelle baisse de 400 millions par rapport à ses plus récentes prévisions. Par rapport au programme de dépenses original de 2020, il s’agit d’une baisse de 1,9 milliard, soit environ d’un tiers.

Les coûts d’exploitation seront pour leur part réduits de 1 milliard, a ajouté l’entreprise, soit de 10 % par rapport à leur niveau de 2019.

Suncor a enregistré une charge de dépréciation de 1,38 milliard liée à sa participation de 54,1 % dans la mine de sables bitumineux de Fort Hills qu’il exploite. Une autre charge de 422 millions était liée à sa participation dans les actifs White Rose et Terra Nova, au large de la côte Est.

Suncor a aussi enregistré une dépréciation après impôts de ses stocks de 397 millions, ainsi qu’une perte de change latente après impôts de 1 milliard sur sa dette libellée en dollars américains.

En raison de la plus faible demande pour ses produits raffinés, Suncor a réduit les perspectives pour ses activités de raffinage, qui produiront entre 390 000 et 420 000 barils par jour, comparativement à ses prévisions précédentes, qui étaient d’entre 440 000 et 460 000 barils par jour.