La crise actuelle force Produits forestiers Résolu à jongler avec plusieurs incertitudes, parmi lesquelles l’avenir de ses régimes de retraite dont le poids devient de plus en plus lourd à supporter.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Depuis 10 ans, on a mis 1 milliard, soit 100 millions par année, pour combler les déficits de nos régimes de retraite, explique Yves Laflamme, le PDG du géant canadien, en marge des résultats trimestriels de l’entreprise. Avec la crise, avec des taux d’intérêt et des rendements très bas, ça risque d’augmenter. »

Pour Résolu, qui est aux prises avec le déclin de la consommation de papier journal et un ralentissement économique généralisé – les revenus ont chuté de 13 % au premier trimestre –, c’est autant d’argent qui ne peut pas être investi dans la diversification des activités, dit son président.

La société mère de Résolu, la compagnie Price, fête aujourd’hui même le 200e anniversaire de sa création. Une existence si longue a fait en sorte que le poids des obligations des régimes de retraite est devenu lourd pour l’entreprise. « On a trois fois plus de retraités que d’employés actifs », souligne Yves Laflamme dans un entretien avec La Presse.

Résolu emploie 7500 personnes au Canada et aux États-Unis, et la majorité de ses retraités sont au Québec.

Au fil des fusions et des restructurations (Price, Abitibi-Price, AbitibiBowater et enfin Produits forestiers Résolu), les obligations des régimes de retraite ont été conservées. En 2012, au terme d’une longue restructuration sous la protection de la loi qui a exigé des concessions de la part des employés, l’entreprise a obtenu l’accord du gouvernement pour créer un régime d’un type nouveau, dit à prestations cibles, qui devait être moins lourd à supporter.

Mais l’évolution des marchés financiers a nui considérablement à la santé des régimes de retraite. Si Résolu cessait ses activités aujourd’hui, elle laisserait un déficit de régime de retraite de plus de 1,5 milliard, précise son président.

L’entreprise voudrait obtenir un assouplissement de ses obligations en matière de retraite au Canada, comme elle en a eu aux États-Unis. « Le gouvernement américain nous a permis de reporter nos cotisations, ce qui nous donne un peu d’air. »

Un millier d’emplois disparus

Résolu a pu poursuivre ses activités depuis le début de la crise, mais le ralentissement économique généralisé l’a forcée à mettre à pied un millier d’employés, dont 60 sur les 450 que compte son siège social de Montréal.

Le président reste optimiste pour les secteurs du bois d’œuvre, de la pâte et de la nouvelle production de papier tissu. Par contre, le papier journal poursuit son déclin, à un rythme de 15 à 20 % par année, alors que les fermetures de journaux se multiplient.

« La crise va accélérer la décroissance », prévoit Yves Laflamme. L’entreprise ajustera son offre à la demande de papier journal, « en gardant un œil sur la marge de crédit des clients » pour s’assurer d’être payée, dit-il.

Produits forestiers Résolu affiche une perte de 1 million US après le premier trimestre de 2020, comparativement à un profit de 42 millions pour la même période l’an dernier. Ses revenus ont baissé de 13 %, à 689 millions US.