Lion fera le saut à Wall Street cet hiver, ce qui permettra au constructeur de véhicules électriques de Saint-Jérôme de récolter un demi-milliard américains pour financer son expansion tout en créant de la valeur au passage pour ses actionnaires québécois.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le début des transactions à la Bourse de New York sous le symbole « LVE » est attendu en février ou en mars.

L’inscription en Bourse de Lion s’effectuera par l’entremise d’une fusion avec Northern Genesis, une société d’acquisition à vocation spécifique dont les actions sont actuellement déjà inscrites à New York.

Le financement privé accompagnant la transaction permet d’accorder une capitalisation boursière de 1,9 milliard US à Lion.

Selon nos informations, les principaux actionnaires de Lion à la clôture de l’opération seront Power Corporation (31 %), les fondateurs Marc Bédard et Camile Chartrand (15 %), et le fonds d’investissement XPNDCroissance d’Alexandre Taillefer (10 %).

Lion a été fondée il y a 12 ans par Marc Bédard et Camile Chartrand. L’investissement initial de quelques millions seulement par XPND dans Lion date de 2015 alors que celui d’environ 50 millions de Power Corporation remonte à 2017.

La valeur de la participation dans Lion détenue par Power Corporation s’élève donc aujourd’hui sur papier à environ 600 millions US. La participation des fondateurs vaut ainsi quelque 285 millions US et celle détenue par XPNDCroissance, près de 190 millions US.

Toujours selon nos informations, les principaux investisseurs du fonds XPNDCroissance sont la Caisse de dépôt (20 %), Investissement Québec (20 %), le Fonds de solidarité FTQ (13 %), Fondaction (7 %) et Claridge (7 %). Un certain nombre de partenaires privés compose le reste de l’actionnariat d’XPNDCroissance.

Lion prévoit principalement utiliser les 500 millions US récoltés pour établir une usine de fabrication de véhicules aux États-Unis dans un État américain qui reste à confirmer, et construire une usine de fabrication de batteries au Québec, fort possiblement à Saint-Jérôme. Les choix des emplacements seront annoncés prochainement.

« Il fallait aller chercher des bons montants parce que si on veut compétitionner dans ce marché-là, il faut pas mal de capitaux », commente le PDG de Lion, Marc Bédard.

« Jusqu’à maintenant, on a fait beaucoup avec un capital modeste, disons-le. Là, on a deux gros projets [l’usine de fabrication de véhicules et l’usine de batteries] et on veut continuer à investir dans la recherche et développement. »

Le cofondateur de Lion explique qu’il est primordial dans le contexte commercial actuel que Lion assemble aux États-Unis les véhicules vendus aux Américains. « On veut ouvrir cette usine au cours des deux prochaines années », dit-il. Lion compte s’installer dans une usine déjà existante aux États-Unis. « Ça risque d’être une usine fermée par un constructeur automobile dans les dernières années. On est en négociations. »

Lion continue de concentrer ses efforts sur les camions urbains et les autobus. L’entreprise évalue la taille du marché électrique cible en Amérique du Nord à 100 milliards US pour les camions urbains et à 10 milliards US pour les autobus. Les grands exploitants de parcs de camions comme UPS, FedEx, Pepsi, etc. sont tous dans la ligne de mire de Lion.

L’ambition de Lion est de générer en 2024 un chiffre d’affaires de 3,5 milliards US et des ventes de 18 000 véhicules. Marc Bédard assure que Lion frôle déjà la rentabilité.

L’usine de fabrication actuelle de Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année. Il y a présentement un peu plus de 300 véhicules Lion sur les routes, et la société prévoit livrer 650 véhicules l’an prochain. Le chiffre d’affaires anticipé cette année est d’environ 30 millions US.

Si les autobus et les camions urbains demeurent le pain et le beurre de Lion, la prochaine étape est l’intégration d’équipement spécialisé sur les camions électriques. Dans les prochains mois, Lion entend commencer à livrer des camions de collecte de déchets ou de matériaux recyclables 100 % électriques et équipés de bennes électriques. Lion s’apprête aussi à entreprendre la livraison de camions avec des boîtes réfrigérées 100 % électriques. Plus tard en 2021, des camions nacelles 100 % électriques seront livrés à Hydro-Québec. Des ambulances électriques sont également dans les cartons.