Les membres de MEC n’ont pas réussi à convaincre la Cour supérieure de la Colombie-Britannique de leur accorder du temps pour déposer une offre d’achat. Le tribunal a plutôt approuvé la vente de la coopérative au fonds américain Kingswood Capital Management.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

« Nous pensons qu’il y a des principes juridiques fondamentaux que cette décision a ignorés. Les droits des membres des coopératives, et ceux des coopératives de crédit, sont en jeu. Le secteur coopératif explore des options juridiques », a déclaré le mouvement Sauvons MEC tout de suite après la décision de la juge, vendredi.

À son avis, « les gouvernements, partout au Canada, doivent modifier les lois pour éviter que cela [la vente de coopératives à des entreprises privées] ne se reproduise ».

Toute la semaine, le regroupement de membres qui s’oppose à la vente du détaillant au fonds américain Kingswood et à sa privatisation a tenté d’obtenir du temps pour déposer sa propre offre d’achat. Le groupe affirmait avoir réuni « plus de 100 millions de dollars » auprès du secteur des coopératives et d’investisseurs à impact social.

De son côté, Kingswood a déboursé 150 millions de dollars pour mettre la main sur la quasi-totalité des actifs du détaillant de plein air MEC. L’entente conclue il y a quelques semaines devait obtenir l’aval des tribunaux puisque le détaillant a eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.

Le Montréalais Eric Claus, désigné par le fonds américain comme chef de la direction et président du conseil de la chaîne de magasins, entrera donc en fonction comme prévu.

PHOTO FOURNIE PAR ERIC CLAUS

Eric Claus

Au cours d’un long entretien avec La Presse, à la mi-septembre, le gestionnaire d’expérience dans le secteur du détail avait dit comprendre la frustration des membres. Et il s’était engagé à ramener l’authenticité qui différenciait MEC de ses concurrents. « MEC, c’est pour des gens sérieux dans le plein air. C’est sa force et ç’a été un peu perdu. »

> (Re)lisez notre texte « Un Québécois pour sauver MEC »

Appui d’Alexandre Boulerice

Sauvons MEC a reçu de nombreux appuis du milieu coopératif, ainsi que celui du député de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice. Le 1er octobre, il a écrit au ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains, au sujet de la vente du détaillant « sans consultation de ses membres-propriétaires ».

M. Boulerice souhaitait que le ministre intervienne auprès des créanciers afin qu’ils accordent « une prolongation de deux semaines sur les prêts » ce qui laisserait le temps aux membres « de proposer un plan alternatif » à la vente à Kingswood.

La sénatrice Lucie Moncion a aussi pris publiquement la défense de la coopérative, jugeant que « le conseil d’administration a délibérément entravé le processus démocratique et nié à ses membres la possibilité de proposer des solutions alternatives », a-t-elle déclaré au Sénat mercredi.

En moins de trois semaines, la pétition de Sauvons MEC pour « arrêter la vente » a récolté près de 150 000 signatures. En outre, 14 000 membres de MEC ont signé la pétition pour exiger la tenue d’une assemblée extraordinaire.

« Cinq millions de personnes garderont un œil sur MEC et Kingswood », préviennent ses membres, afin que les engagements soient respectés. Le fonds américain a promis de conserver 17 magasins sur 22 et 75 % des employés.

Avec 5,8 millions de membres, MEC est la plus grande coopérative commerciale au pays. Au 7 septembre, la coopérative comptait 1500 employés, dont « 1100 actifs ». Les magasins du Québec en employaient 155 (dont 94 actifs).