Les nouvelles promesses de Rogers d’investir et de dépenser 600 millions par an au Québec à la suite d’une acquisition de Cogeco n’y changent rien : la famille Audet ne veut pas vendre Cogeco, et le gouvernement du Québec souhaite toujours que la famille Audet en reste l’actionnaire de contrôle.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

« Rogers peut investir autant qu’elle le souhaite au Québec, mais elle n’a pas besoin de Cogeco pour le faire. À défaut d’investir, les concurrents de Rogers lui voleront ses clients de services mobiles, et ce avec ou sans 5G. Pour ce qui est de Cogeco, l’entreprise demeure concentrée à réaliser sa stratégie de croissance profitable, à investir dans ses réseaux à la fine pointe de la technologie et à offrir des services avant-gardistes à ses clients », a indiqué Cogeco par courriel.

Si Rogers achète Cogeco, la société torontoise promet d’investir et de dépenser 600 millions par an au Québec, dont 300 millions par an dans les réseaux sans fil et internet (une hausse « significative » par rapport aux investissements actuels prévus par Rogers) et 300 millions en dépenses de fonctionnement (une hausse minime : à titre d’exemple, on passerait de 4700 à 5000 emplois, soit une hausse de 6 %). Rogers promet de créer 300 nouveaux emplois dans un centre d’innovation technologique, de conserver les 4700 emplois actuels de Rogers et de Cogeco au Québec, de garder le siège social de Cogeco au Québec et de conserver la marque Cogeco au Québec.

Rogers et Altice USA ont offert début septembre 10,3 milliards pour Cogeco et ses filiales, qui valent 6,5 milliards en Bourse. La famille Audet, qui a fondé Cogeco, ne veut pas vendre et a rejeté cette proposition d’achat.

« Pas de meilleur scénario » que le statu quo, dit Fitzgibbon

Le gouvernement du Québec, qui souhaite que le siège social et le centre de décisions de Cogeco restent au Québec, espère que la famille Audet continuera d’être l’actionnaire de contrôle de Cogeco dans le contexte actuel. Il s’agit du « meilleur scénario », selon le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon.

Dans le cas de Cogeco, la famille Audet veut rester propriétaire et je suis totalement d’accord. J’espère de même pour les prochaines générations des Audet, dans la mesure où l’entreprise [n’est pas vulnérable sur le plan financier et ou sur le plan économique].

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

« Il faut avoir le plus de bureaux-chefs au Québec, mais aussi des bureaux-chefs avec de la substance, a ajouté le ministre. Dans le cas de Cogeco, c’est un vrai bureau-chef avec des vrais décideurs, c’est le meilleur scénario. Cogeco a des performances financières très intéressantes, elle n’est pas vulnérable, et M. Audet dit qu’il n’est pas intéressé à vendre. Cogeco n’a pas besoin de grand frère pour l’instant. »

Et si Rogers voulait vendre ses actions ?

Le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec pourraient toutefois être appelés à contribuer financièrement si Rogers décide de jeter l’éponge et de vendre son bloc de 33 % des actions de Cogeco, qui vaut environ 1,7 milliard. « Investissement Québec va-t-il acheter près de 40 % [de Cogeco] ? La réponse, c’est non. Investissement Québec peut en faire un peu, mais le scénario n’est pas sur la table à dessin », a dit le ministre Fitzgibbon, qui ne s’est pas prononcé sur la position éventuelle de la Caisse en raison de l’indépendance du bas de laine des Québécois.

Dans le dossier de l’actionnariat des sociétés québécoises, le gouvernement Legault veut rester « pragmatique ». « Nous sommes 8,5 millions de personnes. Est-ce que c’est possible que le Québec soit actionnaire de toutes les sociétés d’envergure au Québec ? Peut-être pas. Dans le meilleur des mondes, j’aime voir des Cogeco, des Couche-Tard, des TC, des CGI, ce sont des bâtisseurs. Mais avoir un actionnariat externe, on ne doit pas être contre. Je veux favoriser l’entrepreneuriat québécois, mais je ne veux pas fermer le Québec aux [capitaux] étrangers », a dit Pierre Fitzgibbon, rappelant que le plus important actionnaire de Cogeco reste la société torontoise Rogers, qui détient 33 % des actions (la famille Audet contrôle Cogeco en raison de ses actions à vote multiple).