Des élus municipaux ont une fois de plus dénoncé, mercredi, le « silence radio inquiétant » et le « manque de leadership » du gouvernement fédéral dans le dossier de l’abandon de 30 liaisons régionales par Air Canada.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

Ils ont d’ailleurs mis sur pied un groupe de travail, composé d’une quinzaine d’élus des régions touchées, qui s’est réuni pour la première fois mercredi. Et celui-ci s’est adjoint deux experts en transport aérien pour le guider dans ses réflexions.

Leur but : trouver des solutions à court et plus long termes à la desserte des régions par des transporteurs aériens et faire des propositions à cet effet au ministre québécois des Transports, François Bonnardel.

« Ce qu’on cherche, c’est d’être moins dépendants des transporteurs aériens nationaux, donc de devenir de plus en plus autosuffisants et indépendants dans la manière de planifier et d’orchestrer le transport aérien dans les différentes régions du Québec », a expliqué le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre.

Le maire Lapierre participait à une conférence de presse depuis les Îles, aux côtés du président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers. Ils annonçaient justement la création du groupe de travail et sa première réunion mercredi.

Le 30 juin, Air Canada a annoncé la suspension définitive de 30 liaisons régionales, en plus de mettre fin à huit escales à des aéroports régionaux au pays, dont quatre au Québec. Les aéroports touchés au Québec sont ceux de Val-d’Or, Mont-Joli, Baie-Comeau et Gaspé.

Depuis, le milieu municipal s’est mobilisé pour trouver des solutions de rechange. Pour les régions, le transport aérien est crucial, a expliqué M. Demers. C’est non seulement une question de mobilité des personnes, mais aussi de développement économique régional, d’accès aux biens et aux médicaments, aux soins.

Coopérative ou société d’État ?

Interrogé à savoir s’il préférait la création d’une société d’État en transport aérien ou une coopérative ou une autre voie en particulier, M. Demers n’a pas voulu s’engager dès maintenant. « À ce stade-ci, on ne veut pas s’asseoir sur un modèle, on veut les analyser et on veut les voir à long terme », a-t-il expliqué.

« L’idée, avec le groupe de travail, ce n’est pas d’évacuer des idées ou des pistes de solutions à ce stade-ci, bien au contraire. Faut savoir de quoi on parle sur le plan financier, sur le plan opérationnel. Opérer une compagnie aérienne, si c’était si facile que ça et si lucratif que ça, on ne serait pas en train d’en discuter aujourd’hui. Le ciel serait déjà bien rempli. Donc, il y a certainement des défis », a ajouté le maire Lapierre.

La question des investissements gouvernementaux devra tôt ou tard être abordée, prévient M. Lapierre. « On s’entend tous pour dire qu’il faut que le gouvernement investisse des sous. Est-ce que c’est dans une compagnie ? Dans des compagnies ? Dans des subventions d’équilibre, comme on le connaît dans le transport maritime ? L’ensemble des idées et des solutions sont sur la table », a affirmé M. Lapierre.

Absence de leadership fédéral

Durant la conférence de presse, MM. Demers et Lapierre ont dénoncé à plusieurs reprises l’inaction du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, dans ce dossier. Ils lui ont rappelé que la décision d’Air Canada ne touchait pas seulement le Québec. Ils ont déploré son silence, alors qu’il affirme souvent que les régions sont importantes.

« Il est plus que temps que le fédéral assume un leadership, un leadership qui doit venir du ministre Garneau, et qui doit venir également du premier ministre. C’est une crise sans précédent actuellement », a lancé M. Lapierre.