La réorganisation chez Power Corporation du Canada se traduira également par des changements en matière de gouvernance, puisque les actionnaires du conglomérat auront l’occasion de se prononcer sur les salaires des membres de la haute direction.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Dans sa circulaire récemment déposée auprès des autorités réglementaires en vue de son assemblée annuelle du 15 mai, la société établie à Montréal a finalement accepté la proposition du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) visant l’implantation d’un vote consultatif non contraignant sur la rémunération des hauts dirigeants — mais seulement à compter de 2021.

L’an dernier, le MÉDAC avait récolté 23,3 % d’appuis en faveur de cette initiative adoptée par de plus en plus d’entreprises au pays. En excluant les droits de vote multiple détenus par Pansolo Holding, contrôlée par la Fiducie familiale résiduaire Desmarais, c’est plus de 70 % des actionnaires ordinaires qui étaient favorables à ce vote, a fait valoir le MÉDAC dans le document.

« Nous sommes heureux, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de constater que cela coïncide avec le changement de garde », a expliqué lundi le coordonnateur de l’organisme, Willie Gagnon, au cours d’une entrevue téléphonique.

Même si les actionnaires ordinaires auront un mot à dire, il sera pratiquement impossible de faire plier la famille Desmarais puisqu’elle contrôle 50,6 % des droits de vote.

Importants changements

En février, Power Corporation a absorbé sa principale filiale, la Corporation Financière Power, concrétisant une vaste réorganisation visant à ne former qu’une seule société de portefeuille, principalement axée sur les services financiers. Paul Desmarais fils et André Desmarais ne sont plus cochefs de la direction, mais ils demeurent président et vice-président du conseil d’administration. Le conglomérat est dirigé par Jeffrey Orr, président et chef de la direction de la Financière Power depuis 2005.

Dans une déclaration envoyée par courriel, le vice-président, chef du contentieux et secrétaire de Power Corporation, Stéphane Lemay, a indiqué que l’implantation du vote consultatif n’était « aucunement » liée au départ de MM. Desmarais puisque ces derniers, a-t-il fait valoir, sont « activement impliqués dans la gouvernance de l’entreprise ».

« Le conseil évalue à chaque année la meilleure décision à prendre pour la société », a écrit M. Lemay.

Le budget fédéral de 2019 comprenait une disposition, au sujet de laquelle le Parlement n’a pas encore légiféré, qui exigerait la tenue d’un vote non contraignant des actionnaires sur la rémunération à chaque assemblée annuelle des entreprises de compétence fédérale.

Celle-ci avait été remise en question par Paul Desmarais fils, l’an dernier, lors du rendez-vous annuel à Toronto. Il avait estimé que cela pourrait créer un précédent inquiétant, en faisant valoir qu’une fois une telle tendance amorcée, il n’y aurait plus de fin en ce qui a trait aux sujets sur lesquels les actionnaires pourraient vouloir se prononcer.

En hausse

Par ailleurs, pour l’exercice 2019, la rémunération totale de la haute direction de Power Corporation s’est établie à 29,7 millions, en hausse d’environ 16,5 %. Cela tient compte des salaires, primes, actions ainsi que les options d’achat d’actions versées par la Financière Power.

L’an dernier, le conglomérat a pourtant vu son bénéfice net fléchir de 14 %, à 1,1 milliard, ou 2,53 $ par action.

La rémunération globale des deux cochefs de la direction, Paul Desmarais fils et André Desmarais, a été respectivement de 8,77 millions et de 8,42 millions. Il s’agit d’augmentations de 21,4 % et de 8,6 %, respectivement.

C’est toutefois M. Orr qui demeure le dirigeant le mieux payé au sein du conglomérat avec une paye globale de 12,5 millions l’an dernier, en légère baisse par rapport à 2018.

En tenant compte du traitement de ce dernier, la rémunération globale a atteint 42,24 millions chez Power Corporation et sa principale filiale l’an dernier.