Dans l’écosystème des jeunes pousses montréalaises, avant la pandémie, Audrey Bernard avait mis sur pied en 2017 une petite entreprise qui offrait des produits étonnants : des fragrances associées à des évènements ou des lieux typiques de la métropole, appelées par exemple Mont Royal ou Festival Mania.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Son équipe de Stimulation Déjà Vu et elle ont découvert que leur expertise leur permettait de concocter un tout autre produit, dont la demande a grimpé en flèche : un liquide désinfectant, contenant 85 % d’alcool et qu’on peut vaporiser sur les mains, sur les meubles et dans l’air. Contexte oblige, on a même créé de nouvelles ambiances reposantes, comme « Forêt de givre au Québec » ou « Retour à mon jardin ».

« Ils sont extraordinaires, on a réussi à faire de beaux produits, estime Audrey Bernard. Dans notre vision des choses, ça va devenir un produit permanent. »

Frappés de plein fouet

Stimulation Déjà Vu est l’une des 33 jeunes pousses (start-up), au dernier décompte, qui ont répondu à l’appel de l’incubateur de l’UQAM en tourisme, culture et divertissement, MT Lab. En collaboration avec d’autres incubateurs et partenaires, comme District 3, NextAI et Centech, on a conçu un « catalogue des solutions immédiates ». Dans la plupart des cas, les petites entreprises ont adapté leur offre préexistante dans le contexte de la COVID-19.

Stay22, par exemple, se spécialisait dans la recherche de chambres d’hôtel et de logements Airbnb à proximité de lieux de congrès et de spectacles. La plateforme a été modifiée pour proposer plutôt des chambres offertes près des hôpitaux et des centres de soins.

« On s’est rendu compte qu’il y avait un besoin pour les travailleurs de la santé qui désiraient rester à proximité de leur lieu de travail, soit parce qu’ils habitent loin, soit parce qu’ils ne veulent pas revenir à la maison après leur journée », explique Andrew Lockhead, PDG et cofondateur de Stay22.

CAPTURE D’ÉCRAN, LA PRESSE

La plateforme Stay22 s’est reconvertie, se donnant la mission de trouver de l’hébergement à proximité d’hôpitaux et de cliniques.

L’autre volet de cette offre, moins utilisé jusqu’à maintenant, concerne les proches qui veulent s’installer près d’une clinique ou d’un centre de dépistage. « Ça semble avoir répondu à un besoin, il y a un intérêt surtout de la part du personnel en santé, indique le PDG. Si c’est utile, tant mieux, on est contents d’aider les gens. »

RE-AK est une entreprise spécialisée dans l’analyse des émotions des joueurs de jeux vidéo avec une caméra. Son produit, maintenant : « Suivez l’état de vos employés à distance pour analyser le niveau d’anxiété face à une vidéo ou publicité qui parle de la COVID-19. »

Chez MT Lab, l’idée est venue du constat évident que les secteurs du tourisme, du divertissement et de la culture étaient frappés de plein fouet par la crise actuelle. « Dans toutes les crises, il y a des occasions à saisir », dit Martin Lessard, directeur général. « On a demandé à nos start-up : “Est-ce que vous voyez quelque chose que vous faites habituellement et qui pourrait être adapté ici et maintenant ?” On s’est rendu compte qu’en créant un catalogue et en le rendant public, ça allait créer des occasions. »

Adaptation et création

Ce « catalogue », qui contient essentiellement une présentation du nouveau produit ou du produit adapté avec les coordonnées de l’entreprise, a rapidement débordé des secteurs dans lesquels se spécialise MT Lab, précise M. Lessard. On y retrouve aussi bien des offres de livraison adaptée qu’un service de transfert monétaire, d’assurances en ligne et de gestion des ressources humaines.

« Toute solution qui serait bonne dès maintenant, on l’a intégrée, dit le directeur général. Parfois, il s’agit simplement d’un changement de libellé ; d’autres fois, ce sont de gros changements. »

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Lessard, directeur général de MT Lab, incubateur de l’UQAM spécialisé en tourisme, culture et divertissement

Bien des offres méritent une mention spéciale pour leur originalité. Hoppin’, par exemple, utilise la réalité virtuelle pour « voyager en toute sécurité » en cette période de confinement. Par groupes de quatre, on offre aux « touristes » d’utiliser la plateforme Oculus, de Facebook, pour se rencontrer dans des lieux comme le Stade olympique, le parc du Mont-Royal ou dans des évènements comme les feux d’artifice à La Ronde.

MySmartJourney propose deux jeux de table qu’on peut télécharger et imprimer chez soi, « pour se désennuyer, voyager de chez soi pendant la quarantaine, passer du temps de qualité ensemble ».

Virtual Front Desk permet à des personnes âgées de faire leur épicerie comme si elles étaient sur place, grâce à un employé en magasin avec qui elles sont en conférence vidéo.

Enfin, Livescale permet d’utiliser gratuitement sa technologie de diffusion de vidéo en direct sur les réseaux sociaux.

Catalogue pour la reprise

MT Lab, tout comme les partenaires qui ont contribué à la sélection des jeunes entreprises, ne sert que d’intermédiaire, précise Martin Lessard. Les clients doivent joindre eux-mêmes les entreprises pour acquérir leurs produits ou utiliser leurs services.

Ce premier catalogue a été conçu pour répondre aux besoins « criants ». Un second est en préparation, annonce le directeur général, dans un avenir qu’on espère pas trop lointain, où la vie pourra reprendre un cours plus normal.

« On parle, par exemple, de solutions de réservation en ligne pour la SEPAQ. On est en train de préparer le prochain catalogue qui sera offert une fois que le peak de la maladie sera passé. »