La fermeture temporaire des stations de ski ordonnée par le gouvernement Legault engendrera des pertes financières. Si la saison devait être compromise, certaines d’entre elles pourraient faire une croix sur près du quart de leurs revenus, affirme l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ).

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Alors que Mont-Tremblant annonçait samedi qu’elle fermait ses pistes, ce sont l’ensemble des stations de ski du Québec qui ont dû suspendre leurs activités dimanche en fin de journée pour réduire les risques de propagation de la COVID-19. Si elle comprend la décision prise par le premier ministre du Québec François Legault, l’ASSQ, qui représente les 75 stations de la Belle Province, souligne toutefois qu’elle occasionnera des pertes financières pour plusieurs d’entre elles dont la saison devait encore s’étirer jusqu’à la fin d’avril.

« C’est quand même une période importante avec le congé scolaire de l’Ontario [qui s’entamait], a affirmé le président-directeur général de l’ASSQ, Yves Juneau, interrogé dimanche à la suite de l’annonce de Québec. À partir de la mi-mars, jusqu’à la fin d’avril, ça peut représenter entre 20 % et 25 % de la saison pour certaines stations. »

« [Avec cette décision], des belles journées de ski de printemps, on commence à en avoir moins. C’est souvent ce qui peut faire la différence au niveau de la rentabilité. »

« On a entendu l’appel du premier ministre, a-t-il toutefois tenu à ajouter. On est solidaires. »

Dans un communiqué diffusé dimanche en après-midi, l’ASSQ a néanmoins souligné que cette « décision fragilisera la santé financière de l’industrie et aura un impact important sur les 33 000 personnes qui travaillent dans [le] secteur ». « Nous sommes confiants que les autorités gouvernementales apporteront le soutien nécessaire aux nombreuses familles et chefs d’entreprises affectés par cette décision. »

« On avait une grosse semaine ontarienne qui était à nos portes, certains étaient déjà arrivés, tous les hôtels étaient bookés, a lancé pour sa part Maude Barrette Desjardins, directrice communication et marketing pour Groupe Le Massif, dans la région de Charlevoix. C’est sûr que ça va être des pertes importantes », a-t-elle dit, sans toutefois donner de chiffres.

Au cours des derniers jours, la station, précise-t-elle, avait mis en place beaucoup de mesures de prévention pour tenter de minimiser les risques de propagation de la COVID-19. Ajout de stations de désinfectant, fermeture du service de garde et contrôle du nombre de skieurs mangeant à l’intérieur du chalet comptaient parmi les mesures déployées. On s’apprêtait également à fermer une partie du service alimentaire pour limiter la manipulation de la nourriture. En principe, Le Massif doit accueillir ses derniers clients le 19 avril.

Par ailleurs, rappelons qu’au début du mois de février, un article de La Presse rapportait que plusieurs stations de ski affirmaient vivre l’une de leurs meilleures saisons en 30 ans avec des records d’achalandage.

C’est d’ailleurs le cas de Bromont, montagne d’expériences. « En termes de visites, on était à 10 % d’augmentation [par rapport à l’année passée], a indiqué Marc-André Meunier, directeur marketing et communications de la station. L’intérêt pour le ski était là. »

Il a ajouté du même souffle que la journée ensoleillée de dimanche avait attiré beaucoup de skieurs sur la montagne. En partant en fin d’après-midi, les amateurs ignoraient à quel moment ils pourraient rechausser leurs skis. La saison risque-t-elle d’être compromise ? « C’est très dur à dire, a répondu M. Meunier, dont la station doit en principe fermer à Pâques, le 12 avril. On ne mettra pas la santé de nos clients en jeu », a-t-il tenu à dire.

Bromont, montagne d’expériences devra toutefois revoir sa méthode pour les abonnements de saison. La station est actuellement en période de vente d’abonnements pour l’hiver prochain. En procédant de la sorte, elle permettait aussi à ses futurs membres de commencer à skier cette année sans frais supplémentaires. « C’est à nous d’adapter notre approche », a précisé Marc-André Meunier.

Remboursement

Par ailleurs, alors qu’elles venaient d’apprendre la décision du gouvernement, les stations de ski n’avaient pas encore toutes mis en place des politiques de remboursement pour les clients détenteurs d’abonnements de saison ou pour ceux qui auraient réservé pour des cours ou de la location d’équipement. Du côté de Tremblant, toutefois, on assure que les skieurs pourront obtenir un remboursement.

Cette annonce, qui s’ajoute à la fermeture des cabanes à sucre et des spas, porte un autre dur coup à l’industrie touristique, rappelle Martin Soucy, président-directeur général de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec. « On attend maintenant les mesures de soutien pour les entreprises et les travailleurs », dit-il.