Le CN s’apprête à déménager jusqu’à 140 emplois bien rémunérés de contrôleur ferroviaire et de répartiteur d’équipes de son siège social de Montréal à Edmonton, craignent les employés concernés et leur syndicat, qui doit faire une sortie publique à ce sujet vendredi matin.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le Centre de contrôle ferroviaire du CN à Montréal compte environ 110 employés et 10 cadres, selon des employés qui ont pris contact avec La Presse à ce sujet. Ils sont chargés du contrôle de presque tout le réseau du CN en Ontario, au Québec et dans les provinces maritimes. L’entreprise confirme la mutation d’une vingtaine d’employés au printemps 2020.

Mais selon les employés, le CN souhaiterait concentrer tous les services de contrôle ferroviaire en un seul endroit, à Edmonton. L’autre grand chemin de fer national, le Canadien Pacifique, a déjà procédé à un tel regroupement là où se situe son siège social, à Calgary, il y a quelques années.

L’entreprise nie fermement ces allégations.

Dans une déclaration transmise par courriel, elle se limite à admettre que « pour des raisons d’efficacité et de gestion, il a été décidé que les opérations pour le nord de l’Ontario seraient contrôlées d’Edmonton à partir du printemps 2020 ».

Une vingtaine de contrôleurs couvrent ce territoire. La déclaration écrite transmise à La Presse en réponse à des questions sur le sort de l’ensemble du centre de contrôle ferroviaire de Montréal ne contient aucune information quant au destin de la centaine de contrôleurs affectés aux autres zones.

Le bureau de contrôle du nord de l’Ontario venait tout juste d’être transféré à Montréal après que l’entreprise eut pris la décision de fermer le centre de contrôle ferroviaire de Toronto. Une petite partie de ce dernier est toujours opérationnelle, mais sera fermée à court terme.

Les démentis de l’entreprise ne font rien pour rassurer le syndicat et les employés touchés. À l’interne, a-t-on indiqué, la décision de déménager les activités à Edmonton est déjà considérée comme chose faite, y compris par les cadres. La Presse a pu consulter un message interne transmis par un cadre de haut rang parlant de la décision comme d’un « fait ».

Une vingtaine d’employés montréalais d’un service voisin, affectés à l’affectation des équipes sur les trains, ont quant à eux déjà reçu une confirmation que tous leurs postes seraient transférés à Edmonton, ce que l’entreprise a confirmé dans son courriel. Des équipes affectées aux mêmes tâches dans d’autres provinces ont reçu le même message.

Trains de banlieue et langue

Selon les employés du CN concernés à Montréal, cela signifierait notamment que tous les trains de banlieue des lignes Mont-Saint-Hilaire, Mascouche et Deux-Montagnes (jusqu’à sa fermeture au profit du REM) seraient contrôlés à partir de l’Alberta. C’est déjà le cas des trois lignes (Vaudreuil, Candiac et Saint-Jérôme) circulant sur les voies du CP.

Les employés s’inquiètent par ailleurs des répercussions sur l’utilisation du français comme langue de travail. Des conducteurs et mécaniciens de locomotive circulant au Québec pourraient être incapables de communiquer avec le centre de contrôle ferroviaire en français, font-ils valoir.

Un porte-parole du syndicat des Teamsters, qui représente les contrôleurs ferroviaires, a refusé jeudi de commenter le dossier. L’organisation préparait une sortie publique à ce sujet pour vendredi matin.