(Montréal) À la recherche d’un acheteur ou de nouveaux partenaires afin de poursuivre ses activités, Stornoway, l’exploitant du projet diamantifère Renard, à la baie James, n’a pas encore reçu d’offre suffisamment intéressante.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

En plus de creuser sa perte au deuxième trimestre et de continuer à puiser dans ses liquidités, la minière en difficulté, qui avait fixé au 15 juillet l’échéance pour le dépôt des offres, a donc décidé de repousser cette date jusqu’au 16 septembre.

« Les propositions reçues ne répondent pas à la satisfaction de tous et nous avons besoin d’un peu plus de temps pour les travailler », a indiqué le président et chef de la direction de Stornoway, Patrick Godin, au cours d’un entretien téléphonique, jeudi, au lendemain de la publication des résultats financiers.

Citant la confidentialité du processus, celui-ci n’a pas fourni plus de détails sur l’avancement du processus.

Le projet diamantifère Renard, qui devait incarner la relance du Plan Nord, a reçu des investissements d’un demi-milliard de dollars de Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ).

Au rythme où vont les choses, la minière, qui disposait de trésorerie et d’équivalents de 21,3 millions à la fin juin, ne sera pas en mesure de respecter ses obligations jusqu’au 30 juin 2020.

« C’est une réalité, en fonction du prix actuel du diamant (76 $ US le carat), une restructuration est nécessaire, a dit M. Godin. Quand on a financé le projet, en 2014, les mêmes produits se vendaient à 147 $ US le carat. »

Stornoway avait reçu environ 22 millions sous forme d’avances sur les fonds disponibles et les paiements de redevances en juin quand elle avait annoncé qu’elle était à la recherche d’un acquéreur ou de partenaires. Son principal actionnaire est Diaquem, une filiale d’Investissement Québec.

« Au rythme actuel de l’épuisement des liquidités, un sauvetage pourrait être nécessaire dès le trimestre en cours », a estimé l’analyste Edward Sterck, de BMO Marchés des capitaux, dans une note.

Dans le rouge

Au deuxième trimestre terminé le 30 juin, l’entreprise a vu sa perte nette s’établir à 346,3 millions, ou 37 cents par action, par rapport à 35,9 millions, ou 4 cents par action. Ce résultat s’explique essentiellement par l’inscription d’une charge de dépréciation hors trésorerie d’environ 443 millions attribuable à la baisse des prix du diamant.

En excluant les éléments non récurrents, la perte ajustée de Stornoway s’est chiffrée à 61,5 millions, alors qu’elle avait été de 36,9 millions au deuxième trimestre l’an dernier.

À la Bourse de Toronto, l’action de la minière établie à Longueuil a glissé de 20 %, jeudi, pour clôturer à deux cents.

M. Sterck a souligné que les revenus bruts d’environ 47 millions générés par Stornoway avaient raté sa cible de 55 millions en raison d’une diminution du prix obtenu pour chaque carat et des volumes de vente.

Les charges d’exploitation décaissées par tonne traitée se sont élevées à 42,4 $, en comparaison à 58,7 $ par tonne pour le trimestre correspondant de l’exercice précédent, un résultat qui a encouragé le dirigeant de Stornoway, qui a souligné que la quantité de minerai traité a été en hausse de 19 % — un niveau record — et que les carats récupérés ont été en hausse de 4 %.

« La mine performe au-delà de nos attentes, a-t-il dit. Nos coûts de production sont en baisse. Même si nos 550 employés sont inquiets par rapport à leur emploi, ils sont très engagés et ils nous poussent dans le dos. »

Dans le cadre de ses mesures visant à réduire ses coûts, Stornoway a cessé d’exploiter un gisement à ciel ouvert tout en continuant l’exploitation de gisements souterrains.

Située à environ 250 kilomètres au nord de la communauté crie de Mistissini et à 350 km au nord de Chibougamau dans la région de la Baie-James, la mine Renard est la première mine diamantifère au Québec en importance et la sixième au Canada.