Les résultats du troisième trimestre des deux géants pétroliers américains ExxonMobil et Chevron montrent vendredi que le plongeon depuis 2014 des prix du pétrole continue d'affecter la rentabilité des entreprises énergétiques.

Publié le 28 oct. 2016
Luc OLINGA AGENCE FRANCE-PRESSE

Les prochains mois s'annoncent plus difficiles pour ExxonMobil, qui a décidé d'évaluer ses gisements pétroliers et gaziers pour déterminer s'ils avaient perdu de la valeur suite à la chute des prix. Sont concernés le projet Kearl dans les sables bitumineux au Canada et les puits de gaz naturel en Amérique du nord.

Le géant texan pourrait réduire ses réserves de 3,6 milliards de barils sur le site de Kearl et d'un milliard supplémentaire sur les autres sites nord-américains, soit 19% de ses réserves totales, un record depuis la fusion entre Exxon et Mobil en 1999.

«Jusqu'à ce que cet examen soit terminé, il ne serait pas raisonnable de parler de potentielles dépréciations d'actifs», a averti Exxon, qui répète avoir l'habitude de sous-évaluer ses puits pour éviter toute mauvaise surprise.

Il n'empêche que cette décision est une concession car l'autorité des marchés financiers américains (SEC) et le procureur général de New York, Eric Schneiderman, ont exprimé leur étonnement de ne pas voir la major ne procéder à aucune dépréciation de ses actifs pétroliers, alors que les entreprises énergétiques américaines ont reconnu que l'ensemble de leurs gisements valait environ 200 milliards de dollars de moins que leurs estimations initiales, selon le cabinet Rystad Energy.

Les deux régulateurs, qui veulent également savoir comment ExxonMobil mesure et évalue les risques financiers posés par le besoin de limiter l'utilisation des énergies fossiles, ont demandé des documents confidentiels en août au groupe et à son auditeur, le cabinet PricewaterCoopers (PwC), avaient indiqué en septembre des sources proches du dossier à l'AFP.

Chevron dans le vert

Le bénéfice net d'Exxon a chuté de 37,5% à 2,65 milliards de dollars au troisième trimestre, pour un chiffre d'affaires de 58,68 milliards de dollars, en baisse de 12,9%. C'est le cinquième trimestre consécutif de baisse des profits et le neuvième pour les revenus.

Le bénéfice a dégringolé de 37% pour Chevron à 1,28 milliard de dollars et le chiffre d'affaires de 11% à 29,16 milliards. C'est toutefois le premier bénéfice de l'année pour le groupe californien, qui avait accusé une perte nette de 725 millions de dollars au premier trimestre, suivie d'un déficit de 1,47 milliard au deuxième.

«Les résultats du troisième trimestre, quoiqu'en baisse comparé à il y a un an, reflètent une amélioration par rapport aux deux premiers trimestres de l'année», s'est réjoui le PDG John Watson, qui prévoit une hausse de la production au quatrième trimestre.

Chevron est plus sensible aux fluctuations des cours de l'or noir que son rival ExxonMobil car 67% de sa production est constituée de pétrole. Les cours se sont stabilisés récemment autour de 50 dollars le baril sur des espoirs de réduction prochaine de la production des pays membres de l'OPEP. Mais ceci tarde à se matérialiser dans les bilans des majors.

En attendant, ExxonMobil et Chevron continuent d'appliquer les mêmes recettes: économies, réductions des investissements et cessions d'actifs.

L'enveloppe affectée au développement des activités de forage, de plateformes, de terminaux et de gisements pétroliers et gaziers a diminué de 45,4% chez le premier, tandis que le second a réduit de plus de 10 milliards de dollars ses coûts sur les neuf premiers mois de l'année comparé à la même période en 2015.

ExxonMobil et Chevron ont jusqu'à présent limité l'impact du pétrole pas cher grâce à leur modèle économique, qui les place à tous les échelons de l'industrie pétrolière - de l'exploration à la vente au consommateur via les stations-service notamment.

Ce paravent reste fragile car les marges dans le raffinage ont fondu: ces activités ont enregistré un bénéfice de 1,2 milliard de dollars, en baisse de 40%, chez le premier, tandis que leur profit a été divisé par plus de deux à 1,07 milliard de dollars chez le second.