L'avocat américain Ralph Nader, pourfendeur des lobbies, a appelé vendredi à la création d'une association de défense des intérêts des passagers aux États-Unis afin de faire la lumière sur le Boeing 737 MAX, dont les accidents de deux appareils ont causé 346 morts en cinq mois.

AGENCE FRANCE-PRESSE

M. Nader a été personnellement affecté par une de ces deux tragédies : la fille d'une de ses nièces faisait partie des 157 personnes à bord du vol 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines, qui s'est écrasé le 10 mars au sud-est d'Addis-Abeba, entraînant la mort de tous les passagers et membres de l'équipage.

Il s'est promis depuis d'aider à faire la lumière sur les causes de ce drame et surtout de dénoncer les liens « incestueux » existant selon lui entre Boeing et la FAA, le régulateur du transport aérien américain, qui a autorisé la commercialisation du 737 MAX en mars 2017.

« Nous avons vraiment besoin d'une grosse organisation de défense des passagers dans ce pays », a déclaré Ralph Nader lors d'un entretien téléphonique à la chaîne CNBC. « Parce qu'en fin de compte, ce sont les médias et les passagers de compagnies aériennes qui vont permettre d'établir la vérité et d'éviter d'autres tragédies ».

L'avocat juge que les autorités américaines sont « trop complaisantes » avec Boeing.

« La FAA n'a plus voix au chapitre parce qu'elle est dans les usines Boeing. Elle désigne une pièce de l'avion et un employé de Boeing dit "je pense qu'elle répond aux critères" et la FAA dit "moi, en tant que représentant du gouvernement américain, j'approuve" et la FAA appose son sceau. Ce n'est pas ça de la régulation », a-t-il fustigé.

Les accidents meurtriers des 737 MAX 8 de Lion Air et d'Ethiopian Airlines ont soulevé des doutes sur la certification du 737 MAX.

Confrontée à des coupes budgétaires et en manque de personnels compétents face aux nouvelles technologies embarquées dans le 737 MAX, la FAA a confié une grande partie de la certification de l'avion aux employés de Boeing suivant une nouvelle procédure mise en place il y a plus d'une dizaine d'années.

L'agence dispose par ailleurs de bureaux dans les usines Boeing, notamment celle de Renton (Washington), où est assemblé le 737 MAX.

Elle a toutefois assuré dimanche que la certification de l'avion s'était déroulée dans les règles.

Le ministère américain des Transports a commandé un audit sur cette procédure de certification.