Outre le Fonds de solidarité FTQ et le Caisse de dépôt et placement du Québec, une autre institution québécoise risque de perdre ses billes dans l'aventure Téo Taxi : la Banque Nationale a prêté 10 millions à la maison mère Taxelco, a appris La Presse. La banque cherche maintenant à sauver les meubles, pendant que la grogne monte chez plusieurs actionnaires de l'entreprise.

Mis à jour le 25 janv. 2019
RICHARD DUFOUR LA PRESSE

La Presse révélait hier que Taxelco se placerait à l'abri de ses créanciers dans les prochains jours. Le Fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement, qui ont déjà investi plusieurs millions dans l'aventure, n'ont par répondu au dernier appel de fonds de Taxelco.

La Banque Nationale, créancier prioritaire de Taxelco en vertu d'un prêt de 10 millions, a déjà nommé son syndic au dossier. La firme Richter a pour mandat de limiter les pertes appréhendées par l'institution financière, que ce soit par une liquidation des actifs, une restructuration ou par une offre d'une tierce partie.

Seuil critique

Les liquidités de l'entreprise ont atteint un seuil critique, selon nos informations. La situation financière ne cesse de se détériorer et Taxelco a pu réussir à survivre, mais non sans des injections de capitaux répétées de la part de grands partenaires comme la Caisse et le Fonds FTQ.

Raymond Chabot Grant Thornton, le syndic embauché par Taxelco, tente de son côté depuis un moment déjà de trouver des solutions de rechange.

« Nous n'avons pas de commentaires à formuler », a simplement fait savoir hier le porte-parole de la Banque Nationale, Claude Breton.

Taxelco appartient à XPND, fonds privé de l'entrepreneur Alexandre Taillefer qui compte parmi ses actionnaires quelques dizaines d'investisseurs de Québec inc., en plus des investisseurs institutionnels.

Avec une enveloppe totale de 25 millions, Taxelco est de loin le plus gros des cinq placements du fonds de 75 millions.

Plusieurs appels de capitaux ont été lancés aux actionnaires au fil des mois afin d'appuyer la croissance de Téo, qui a amorcé ses activités en 2015. L'argent récolté a notamment été utilisé pour acheter Taxi Diamond et Taxi Hochelaga en 2016, et pour investir dans le développement de la plateforme technologique de Téo.

Des actionnaires individuels d'XPND contactés par La Presse, qui demandent de ne pas être identifiés pour parler librement, sont fâchés par la tournure des évènements. Certains songent même à intenter une poursuite contre XPND.

S'ils savent depuis longtemps que la situation financière de Taxelco est difficile, ils auraient souhaité être mis au courant de manière officielle comme le gouvernement l'a récemment été. Ils déplorent notamment ne pas avoir encore reçu les états financiers d'XPND pour le troisième trimestre terminé à la fin de septembre, qui devaient leur être acheminés en novembre.

Près de 35 % des fonds d'XPND

Certains déplorent que la limite initiale d'investissement de 20 % du total des sommes engagées dans un seul placement du fonds ait été augmentée pour Taxelco. Si la limite initiale avait été maintenue, Taxelco n'aurait pas pu bénéficier de plus de 15 des 75 millions du fonds.

Le plafond d'investissement pour Taxelco a pu être relevé avec des résolutions extraordinaires nécessitant l'accord de 75 % des actionnaires, un niveau pouvant être atteint presque uniquement avec l'approbation de quelques gros actionnaires institutionnels. Au lieu de 15 millions, Taxelco a ainsi pu obtenir 25 millions, l'équivalent de près de 35 % des fonds d'XPND.

« Jamais une firme d'investissement ne devrait injecter plus de 15 % de ses billes dans une seule plateforme. C'est une erreur magistrale », dit un actionnaire individuel mécontent.

Un autre actionnaire individuel a par ailleurs confié à La Presse qu'il gardait espoir que l'entreprise puisse être « transformée ».

Il n'a pas été possible de parler à la direction de Taxelco, hier, ni à un représentant d'XPND. « Une annonce sera faite en temps opportun », a indiqué la porte-parole, Jessica Théroux.

Notons qu'Investissement Québec et le Fondaction de la CSN sont aussi des actionnaires importants d'XPND, qui détient Taxelco et Téo.

Pourquoi Téo étouffe



Selon une source qui a participé à son développement:

Les voitures: La durabilité des véhicules est un facteur incontournable. Les frais de maintenance sont plus élevés que prévu. Le temps de recharge des batteries est par ailleurs plus long que prévu, ce qui affecte le temps actif des voitures sur la route.

Les chauffeurs: Surtout avant leur syndicalisation, Téo a eu des ennuis avec des chauffeurs. Sans prévenir, certains ne se présentaient pas pour leur quart de travail. D'autres abandonnaient les véhicules lorsque la batterie mourait. Il y a eu des histoires de « sabotage », des accidents inexpliqués, etc.

La direction: Aucun PDG n'a pu s'installer à long terme aux commandes. Et avec le départ de Dominique Lemay au début de l'année (après huit mois en poste), Taxelco est dirigée par un cinquième PDG en quatre ans d'existence.

L'équipe: Téo n'avait peut-être pas, au départ, la bonne équipe de développement pour l'application. Il y a d'importants bogues dont la résolution a pris plus de temps que prévu.

La concurrence: La présence d'Uber, avec sa technologie et sa plateforme, est un autre élément cité pour tenter d'expliquer les déboires de Téo.