La suppression de 7000 emplois chez Bombardier d'ici la fin de 2017, dont 2400 au Québec seulement, vise à « adapter [sa] main-d'oeuvre mondiale aux conditions du marché », a indiqué son président, Alain Bellemare, lors de l'annonce des résultats annuels, hier matin.

Publié le 18 févr. 2016
Martin Vallières LA PRESSE

Mais lors du point de presse subséquent à Dorval, pour l'annonce d'une commande de 45 avions C Series par Air Canada, il est apparu plus clairement que ces suppressions d'emplois chez Bombardier visent surtout à réduire ses coûts de production interne en recourant à plus de sous-traitance.

« Effectivement, il y aura plus de sous-traitance à développer au cours des deux prochaines années, en aéronautique surtout », a indiqué le principal porte-parole de Bombardier, John-Paul Macdonald.

« Les composantes d'avions qui sont moins complexes et qu'on pourrait fabriquer à moindre coût, on va les envoyer ailleurs. Certaines productions de composantes [au Canada] pourraient être transférées à nos usines du Maroc et du Mexique, mais aussi aller vers des tierces parties [sous-traitants] », a indiqué M. Macdonald.

Des 7000 suppressions d'emplois annoncées pour cette année et l'an prochain, au moins 2830 sont prévues au Canada, dont 2400 au Québec et 430 en Ontario.

Au Québec, les usines et bureaux de la division aéronautique, à Saint-Laurent et à Dorval, seront les plus touchés, avec 2300 emplois supprimés d'ici la fin de 2017.

En contrepartie, Bombardier a indiqué qu'elle prévoit l'embauche « d'au moins 300 personnes d'ici deux à trois ans » pour son programme C Series à Mirabel. Ce programme emploie 2200 personnes alors qu'il entre en cadence de production des avions les plus gros et les plus coûteux jamais conçus par Bombardier, au point de mettre en péril sa viabilité financière.

« Nous devons ajuster les effectifs pour être capables de rebâtir un Bombardier qui va être solide financièrement, et qui va avoir la capacité de continuer à croître pour le futur », a expliqué le président de Bombardier, Alain Bellemare, en conférence de presse.

« Au Québec, par exemple, en parallèle des 2400 emplois supprimés en 2016 et 2017, nous allons continuer d'embaucher dans des secteurs qui sont stratégiques, là où nous avons une augmentation des activités comme la C Series. »

- Alain Bellemare, PDG de Bombardier

SYNDICAT, INDUSTRIE

Parmi les représentants syndicaux chez Bombardier Aéronautique au Québec, alors que l'on se montre encouragé par les perspectives d'embauche pour la C Series, on déplore vivement les intentions de l'avionneur de recourir davantage à la sous-traitance.

« Des centaines de salariés de Bombardier à Saint-Laurent et à Dorval vont perdre leur emploi d'ici deux ans. Entre-temps, est-ce que Bombardier a l'intention de nous consulter avant d'aller davantage en sous-traitance ? », commente Dave Chartrand, coordonnateur de l'Association internationale des machinistes de l'aérospatiale (AIM). Ce syndicat représente 4500 salariés de Bombardier Aéronautique au Québec.

« Quand la sous-traitance est discutée et bien expliquée, ça peut être acceptable selon le contexte d'affaires et financier d'un employeur », dit M. Chartrand.

« Cependant, pas lorsque ça nous est annoncé de façon unilatérale, sans nous offrir la possibilité d'ajuster nos méthodes de travail à l'interne avant d'aller en sous-traitance. »

- Dave Chartrand, coordonnateur de l'Association internationale des machinistes de l'aérospatiale

Mais chez Aéro Montréal, le plus important regroupement d'entreprises en aéronautique au Québec, on anticipe de nouvelles occasions de diversifier et d'accroître les affaires des membres auprès de Bombardier Aéronautique.

« Les suppressions d'emplois chez Bombardier pourraient se transformer en embauches chez des sous-traitants spécialisés, indique Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d'Aéro Montréal.

« Malgré les difficultés de Bombardier avec les débuts de la C Series dans le marché, il ne faut pas oublier que l'industrie aéronautique au Québec continue de bien se porter. On y compte plus de 200 entreprises spécialisées qui sont toujours à la recherche d'employés qualifiés. »