Air Transat (T.TRZ.B) avait deux appareils Airbus A310 en fin de vie. Le transporteur n'avait pas envie de les stationner dans le fin fond d'un désert de l'Arizona ou de les faire démanteler dans un pays en voie de développement, sans trop savoir si le tri des matériaux ne serait pas confié à des enfants pieds nus.

Mis à jour le 19 déc. 2013
Marie Tison LA PRESSE

«Nous voulions démanteler nos appareils selon les plus hautes normes environnementales, déclare le directeur général d'Air Transat, Jean-François Lemay, dans une entrevue avec La Presse Affaires. Nous avons voulu faire ça ici, au Québec, et développer une expertise.»

Il fallait toutefois trouver une entreprise capable de faire le travail.

«Il n'y avait pas de listes de noms sur internet», raconte Keith Lawless, directeur principal du développement durable et de l'amélioration des affaires chez Air Transat.

Grâce à un appel d'offres, le transporteur a fait connaissance avec Recykinfo, une petite entreprise de recyclage de Saint-Jean-sur-Richelieu qui avait déjà de l'expérience dans le démantèlement et le recyclage de matériel militaire et de composants d'avions. Sa nouvelle division, AeroCycle, s'est chargée du travail à l'aéroport de Mirabel.

Espace et accès

L'un des principaux avantages de Mirabel, c'est l'espace qu'on y trouve. L'accès est également facile pour accueillir la machinerie lourde.

«Ça ne se démantèle pas à bras, un avion, lance M. Lemay. On ne va pas dévisser boulon par boulon.»

Il n'y a pas de place à l'aéroport Montréal-Trudeau pour accueillir une telle activité, et la piste de l'aéroport de Saint-Hubert n'est pas assez robuste pour accueillir de gros porteurs.

«Notre plus gros défi, ç'a été la sécurité, autant pour l'environnement que pour les travailleurs», commente Ron Haber, président et chef de la direction de Recyckinfo et d'AeroCycle.

Il fallait notamment traiter des fluides, comme des restes de carburant, et de l'isolant. Il fallait également travailler dans un aéroport actif, avec tous les mouvements d'appareils que cela implique.

Tout s'est bien déroulé, et AeroCycle a été en mesure de recycler et réutiliser 87% des deux appareils. Air Transat a même été en mesure de couvrir ses frais avec la vente des éléments recyclés et réutilisés.

«Nous ne faisons pas cela pour des considérations économiques, affirme M. Lemay. La valeur économique que nous en tirons est liée aux pièces que nous pouvons revendre et au prix du métal. Nous faisons cela parce que cela s'inscrit dans nos valeurs d'entreprise, dans notre responsabilité sociale.»

Air Transat exploite encore neuf appareils A310 qu'elle s'engage à faire démanteler.

Grâce à cet appui du transporteur, AeroCycle entend s'installer pour de bon à Mirabel et offrir ses services de démantèlement et de recyclage aux autres transporteurs.

Marché prometteur

Le marché est alléchant. Au cours des 20 prochaines années, plus de 12 000 appareils devraient être démantelés.

AeroCycle est déjà en discussion avec des clients potentiels, notamment des sociétés asiatiques. M. Haber a expliqué qu'il leur était difficile de faire le travail chez eux. «Leurs aéroports sont très congestionnés», rappelle-t-il.

Il fait également valoir auprès de ces clients potentiels la grande expertise aéronautique qu'on retrouve dans la région montréalaise. «Nous sommes un des trois grands pôles mondiaux, avec Seattle et Toulouse», souligne-t-il.

AeroCycle aura éventuellement besoin d'un hangar, mais pour un avenir proche, elle peut très bien fonctionner à l'extérieur, comme ç'a été le cas avec les deux A310 d'Air Transat.

«Pendant les trois saisons, nous pouvons facilement démanteler de 25 à 30 appareils», affirme M. Haber.

Recykinfo/AeroCycle compte pour l'instant une dizaine d'employés. L'expansion que contemple M. Haber devrait permettre de créer de 12 à 15 emplois supplémentaires.

Grâce au taux de récupération obtenu dans le cas des deux appareils d'Air Transat, AeroCycle attire l'attention de partenaires potentiels dans des marchés connexes.

«Il y a les éoliennes, indique M. Haber. Nous sommes en pourparlers avec des entreprises qui veulent que nous les aidions à développer des méthodes de recyclage.»