Embraer (ERJ) n'aura pas le choix et devra finir par s'attaquer à la CSeries de Bombardier (T.BBD.B).

Mis à jour le 11 sept. 2012
Marie Tison LA PRESSE

C'est l'opinion d'une firme de consultation spécialisée dans l'industrie aéronautique, AirInsight, qui vient de terminer un rapport sur le segment de marché que vise la CSeries, soit les appareils de 100 à 149 places.

«Jusqu'à maintenant, ce segment appartenait à Embraer, a déclaré un des partenaires d'AirInsight, Addison Schonland, dans une téléconférence organisée par Valeurs mobilières Desjardins pour discuter des conclusions du rapport. L'avionneur avait le bon appareil au bon moment. Mais lorsqu'on regarde ce qui s'en vient, l'avion semble maintenant trop lourd, sa consommation est trop élevée. Embraer sera forcé de réagir pour reprendre ce marché qu'il a contribué à créer.»

Embraer offre en fait deux biréacteurs régionaux dans la partie inférieure de ce segment de marché: l'E190, qui peut compter de 98 à 114 places selon la configuration choisie, et l'E195, qui peut accommoder de 108 à 124 passagers.

La CSeries de Bombardier se déclinera en deux versions: le CS100, qui pourra transporter de 100 à 125 passagers, et le CS300, qui pourra compter de 120 à 145 places.

Après plus d'un an de réflexion, le grand patron d'Embraer, Frederico Fleury Curado, a fait savoir récemment que l'avionneur ne lancera pas un appareil plus gros, susceptible de concurrencer la CSeries, mais aussi les versions plus petites du Boeing 737 et de l'Airbus A320. M. Curado n'a pas caché qu'Embraer n'avait vraiment pas envie d'aller jouer sur le terrain d'Airbus et de Boeing.

Embraer entend plutôt revamper l'E195 avec un moteur plus performant et de nouvelles ailes. Selon AirInsight, ce ne sera pas suffisant pour reprendre le marché.

«Entre l'E195 et la limite supérieure du marché, soit les appareils de 149 places, il y a un espace énorme dans lequel Bombardier s'est engouffré, a déclaré M. Schonland. Je ne vois pas Embraer jeter l'éponge.»

Une niche particulièrement intéressante

AirInsight estime que le marché des appareils de 100 à 149 places est une niche, mais une niche particulièrement intéressante: au cours des 20 prochaines années, la demande devrait représenter de 5100 à 6900 appareils.

En 2000, Airbus et Boeing occupaient 100% de ce marché. Puis, Bombardier et Embraer se sont pointés. L'année dernière, la part d'Airbus et de Boeing n'était plus que de 58%.

M. Schonland a affirmé que Bombardier avait ébranlé encore davantage ce marché avec le lancement de la CSeries. Cette stratégie a forcé Boeing et Airbus à réagir en lançant une version remotorisée du 737 et de l'A320.

La CSeries devrait effectuer son premier vol à la fin de 2013, mais AirInsight prévoit un délai de trois à six mois.

«On ne s'attend pas à un gros problème, comme le joint des ailes du 787, mais à une accumulation de petits problèmes, a déclaré Scott Hamilton, un autre partenaire d'AirInsight. Si on compare cela au retard de trois ans que Boeing a connu avec le 787, Bombardier aura pratiquement l'air d'un héros s'il s'en tire avec un délai de trois à six mois.»

Que de petites commandes

AirInsight aurait aimé voir Bombardier remporter une grosse commande auprès d'un grand transporteur américain, comme Delta Airlines, mais l'avionneur a surtout récolté de petites commandes auprès d'un grand nombre de transporteurs sur plusieurs continents.

Le transporteur à rabais de Malaisie AirAsia, un client d'Airbus, s'est montré intéressé à une version à très haute densité de la CSeries, mais, selon AirInsight, Bombardier aura une très forte côte à remonter pour remporter une telle commande.

«Airbus fera tout ce qu'elle pourra, en fait de conditions commerciales, pour empêcher Bombardier de venir jouer dans ses platebandes», a déclaré M. Hamilton.

Les observateurs s'attendent en effet à ce qu'AirAsia annonce dans les prochains jours une commande pour une centaine d'appareils Airbus A320.