Air Canada s'apprête à déménager de Montréal à Brampton, en Ontario, les deux équipes responsables des affectations des pilotes et du personnel en cabine, a appris La Presse Affaires.

Sophie Cousineau LA PRESSE

Près de 130 employés spécialisés d'Air Canada, dont 19 cadres, sont touchés par le transfert de cette activité névralgique. Seulement 15 postes seront maintenus à Montréal, dans la gestion du personnel de bord, a indiqué John Reber, porte-parole d'Air Canada, en toute fin de journée.

L'équipe responsable du service en vol compte 90 spécialistes. L'équipe responsable des opérations en vol compte 54 experts en affectation de pilotes et de copilotes. Dans le jargon teinté d'anglais de l'entreprise, elles sont surnommées «CrewSched» pour «crew scheduling» ou affectations des équipages.

Ces deux équipes travaillent 24 heures par jour, 365 jours par année. Ce sont ces spécialistes qui s'assurent de trouver un nouveau pilote et un nouvel équipage lorsqu'un avion devant assurer un deuxième vol est retardé indûment par des intempéries, par exemple.

Susan Welscheid, première vice-présidente, service à la clientèle, et David Legge, premier vice-président, exploitation, ont informé les responsables montréalais de ces services du déménagement mardi. Les employés syndiqués, affiliés au Travailleurs canadiens de l'automobile, ont appris la mauvaise nouvelle mercredi, selon nos informations.

Tous les services d'affectation seront dorénavant regroupés dans un nouveau centre d'exploitation réseau. Ce centre sera construit à Brampton, une banlieue au nord-ouest de Toronto qui borde l'aéroport international Pearson. La construction de ce centre de deux étages, qui sera la propriété d'Air Canada, doit commencer l'an prochain. Elle devrait être complétée en 2014, date à laquelle tous les services y seront transférés.

«La construction de ce centre permettra de réunir toutes les équipes-clés de façon à encourager la collaboration et à améliorer les communications, ce qui nous permettra de prendre des décisions plus rapides et mieux informées. Nous pourrons répondre plus rapidement aux changements imprévus», écrit Air Canada dans une note de service en anglais.

«Bien que la construction de ce nouveau centre nous réjouisse, ce transfert d'activités signifie que les employés du «Crew Scheduling» de Montréal auront des décisions difficiles à prendre. Nous espérons que plusieurs d'entre eux accepteront de déménager et nous nous engageons à soutenir pleinement ces employés et leurs familles.»

Les conditions de transfert des postes restent à être négociées, indique toutefois Darryl Bink, responsable des communications du local 202 des Travailleurs canadiens de l'automobile. Des rencontres à cet effet sont prévues la semaine prochaine, a-t-il ajouté.

Un employé d'Air Canada touché par ce déménagement doute toutefois que ses collègues montréalais se précipitent à Brampton. «La porte est ouverte, dit-il. Cependant, la moyenne d'âge du département est de moins de 40 ans. Les gens ont des bébés, des enfants d'âge préscolaire et des hypothèques sur les bras.»

Le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, a déposé il y a deux semaines un projet de loi qui modifie la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada. Cette mise à jour vise à s'assurer qu'Air Canada conserve son siège social à Montréal et que le transporteur et ses divisions continuent d'offrir des services en français et en anglais.

Ces conditions avaient été imposées en 1988, au moment de la privatisation d'Air Canada. Cependant, la restructuration judiciaire du transporteur montréalais en 2004 a profondément changé la structure de l'entreprise, qui est maintenant chapeautée par Gestion Ace Aviation. Le gouvernement fédéral souhaite ainsi s'assurer que la société mère d'Air Canada respecte elle aussi les conditions fixées au moment de la privatisation.

Cependant, ni la loi actuelle sur Air Canada, ni le projet de loi C-17 qui vise à la modifier ne définissent en quoi consiste un siège social.

Montréal deviendra-t-elle une coquille vide? «L'affectation des équipages est une fonction de l'entreprise relative à l'exploitation, et non à l'administration centrale», fait valoir John Reber dans un courriel. Pour Air Canada, poursuit-il, il tombe sous le sens de rapprocher le centre d'exploitation réseau de sa principale plaque tournante, l'aéroport international Pearson.