L'aviation est l'industrie idéale pour adopter les carburants alternatifs durables.

Marie Tison LA PRESSE

«Nous avons un système d'approvisionnement en carburant à la fois très concentré et très contrôlé, a déclaré le directeur d'Air Transport Action Group (ATAG), Paul Steele, en marge d'une conférence sur les carburants alternatifs organisée cette semaine au siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), à Montréal. Nous avons un système de distribution limité.»

Il a indiqué qu'on pouvait couvrir 95 % du trafic aérien en livrant du carburant alternatif à 1700 aéroports à travers le monde. Dans le secteur automobile, uniquement aux États-Unis, il y a 160 000 stations-services.

M. Steele a ajouté que diverses expériences avaient démontré qu'il était possible d'utiliser les carburants alternatifs dans le transport aérien sans avoir à modifier les avions ou les moteurs.

«L'aviation fournit la possibilité de contribuer à la dé-carbonisation du secteur des transports», a-t-il affirmé.

L'ATAG est une organisation qui regroupe des avionneurs comme Airbus, Boeing et Bombardier, des motoristes comme Pratt & Whitney et Rolls Royce et des organismes comme l'Association internationale du transport aérien (AITA).

La conférence de l'OACI sur les carburants durables vise à permettre aux membres d'échanger de l'information en vue de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, qui aura lieu à Rio de Janeiro en juin 2012. Les participants discutent notamment des critères qui entourent les carburants durables. On cherche notamment à savoir ce qui peut être véritablement qualifié de durable.

L'utilisation de l'éthanol, un carburant produit à partir du maïs, a suscité la critique parce que cette production est entrée en compétition avec la production de nourriture, contribuant ainsi à la hausse des prix des denrées alimentaires.

«Nous avons vu les erreurs commises par d'autres industries, a déclaré M. Steele. Nous voulons utiliser des plantes différentes.»

L'industrie aérienne regarde donc du côté des algues, des plantes comme la salicorne, des noix de palmiers comme le babassu et des graines de plantes et d'arbustes comme la jatropha et la cameline.

La chef des affaires environnementales d'Etihad Airways, Mme Linden Coppell, a indiqué que les recherches du consortium auquel participe Etihad portaient notamment sur la salicorne, qui pousse sur les terres riches en sel marin.

«Ce sont des terres qui, à l'heure actuelle, n'ont aucune valeur économique», a-t-elle affirmé.

M. Steele a indiqué de son côté que des avancées technologiques permettaient maintenant de considérer la fabrication de carburant à partir de déchets industriels, de déchets agricoles et même de déchets urbains.

«On ne s'appuie pas uniquement sur les récoltes», a-t-il déclaré.

La chef de la branche environnementale de l'OACI, Mme Jane Hupe, a noté que l'organisation avait dénombré 300 initiatives portant sur la production et l'utilisation de carburants alternatifs au cours des deux dernières années. Dans l'industrie de l'aviation, cinq consortiums travaillent sur le sujet. Près de 30 vols d'essai ont été réalisés avec des carburants alternatifs produits notamment à partir de jatropha et de cameline.

«Cela montre qu'il n'y a pas une solution unique», a déclaré Mme Hupe.

Un représentant de la Banque interaméricaine de développement (BID), M. Arnaldo Vieria de Carvalho, un spécialiste en énergie, a tenu à participer à la conférence organisée par l'OACI.

«La BID a pour but de promouvoir le développement socio-économique de l'Amérique latine et des Caraïbes, de réduire la pauvreté, de favoriser le développement rural, de lutter contre les changements climatiques et de promouvoir l'intégration régionale, a-t-il déclaré. Nous pensons que les carburants alternatifs peuvent nous aider à atteindre tous ces objectifs.»