Neuf banques accusées d'avoir manipulé le marché des changes, dont la française BNP Paribas, ont conclu des accords représentant un total de plus de deux milliards de dollars avec des investisseurs pour l'abandon de leurs plaintes, a annoncé jeudi l'un des avocats.

Mis à jour le 13 août 2015
AGENCE FRANCE-PRESSE

Les plaignants «ont conclu des accords d'un montant total de deux milliards de dollars avec Bank of America, Barclays, BNP Paribas, Citi, Goldman Sachs, HSBC, JPMorgan, RBS et UBS», a annoncé le cabinet Hausfeld, dans un communiqué publié à l'issue d'une audience devant une juge de New York.

Hausfeld n'a pas donné de détail sur les montants que devrait verser chacune des banques, et a précisé que ces accords étaient préliminaires et devaient encore être approuvés par la juge Lorna Schofield.

En juin, des sources proches du dossier avaient rapporté que la britannique Barclays verserait 375 millions de dollars, sa compatriote HSBC 285 millions de dollars, l'américaine Goldman Sachs 130 millions et BNP Paribas près de cent millions, mais elles avaient précisé que ces montants pourraient encore changer.

Contactées par l'AFP, aucune de ces banques n'a réagi dans l'immédiat.

Auparavant, l'américaine JPMorgan Chase avait accepté en janvier de payer 99,5 millions de dollars, suivie par ses compatriotes Bank of America (180 millions) puis Citigroup (394 millions), et la suisse UBS (135 millions). Ces montants sont pris en compte dans la somme totale annoncée jeudi.

Ces accords ne concluent pas la procédure engagée en 2013 par les investisseurs s'estimant lésés, car sept autres banques internationales et leurs filiales restent poursuivies, dont la française Société Générale, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Morgan Stanley, Bank of Tokyo-Mitsubishi, RBC Capital Markets et Standard Chartered.

«En plus de verser des milliards de dollars de compensation, les banques», qui ont accepté des accords, «ont accepté de coopérer avec les investisseurs dans le contentieux qui continuent» avec les autres établissements, a précisé Hausfeld.

Position fragilisée

Le scandale des marchés des changes touche la plupart des grandes banques mondiales, dont les françaises BNP Paribas et Société Générale, et concerne des faits remontant aux années précédant 2013.

Il est reproché aux cambistes de ces banques d'avoir utilisé des forums de discussion sur internet et des messageries instantanées pour se concerter de façon indue afin d'infléchir un taux de référence du marché des changes, sur lequel transitent chaque jour quelque 5.300 milliards de dollars.

L'un des forums était par exemple baptisé «cartel» et réunissait des cambistes de Citigroup, JPMorgan, UBS, Barclays et RBS.

Les accords annoncés jeudi sont distincts des procédures engagées auprès des autorités, qui ont notamment conduit en mai six de ces banques à payer un total de près de six milliards d'amendes aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Cet accord, qui portaient à près de 10 milliards de dollars les pénalités infligées par les autorité dans cette affaire, avait néanmoins contribué à fragiliser la position des banques dans leurs contentieux avec les investisseurs.

En effet, dans le cadre de cet arrangement, Citigroup, JPMorgan, Barclays et Royal Bank of Scotland (RBS) avaient, fait assez rare, plaidé coupable, ouvrant ainsi la voie à d'éventuelles poursuites supplémentaires.

«Même si l'argent récupéré ici est colossal, c'est juste le début», a déclaré Michael Hausfeld, président du cabinet d'avocats éponyme dans le communiqué. «Les investisseurs du monde entier devraient prendre note des montants conséquents obtenus aux États-Unis et se rendre compte que ces accords ne représentent qu'une fraction du plus grand marché financier mondial.»

Les avocats ont précisé envisager une «action concertée» à Londres pour obtenir de nouvelles compensations.