Sollicités par leurs clients, dont les avoirs ont subi les assauts de l'eau et des flammes, les assureurs de dommages canadiens prévoient une année 2013 coûteuse en réclamations, dans la foulée des inondations en Alberta et à Toronto et de la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic. Et les consommateurs risquent fort d'en subir les contrecoups sur leur facture.

Mis à jour le 23 juill. 2013
Isabelle Ducas LA PRESSE

L'un des plus importants assureurs au pays, Intact Corporation financière [[|ticker sym='T.IFC'|]], a annoncé hier que 16 000 de ses clients ont été touchés par ces trois événements, pour lesquels les réclamations atteignent 495 millions de dollars. L'assureur se dirige vers un record au chapitre des réclamations puisque, au cours des dernières années, il a versé en moyenne 160 millions en indemnités annuellement. «Les catastrophes ont été très coûteuses pour les assureurs ces derniers temps, souligne Gilles Gratton, porte-parole de l'entreprise. Les tempêtes sont plus sévères et plus nombreuses à cause des changements climatiques.»

De tels événements risquent de se multiplier dans les années à venir, en raison de la densification des villes, des infrastructures vieillissantes et des écarts de la météo, selon Glenn McGillivray, directeur de l'Institute for Catastrophic Loss Reduction.

Déjà, les dégâts provoqués par l'eau sont la première cause de dommages aux habitations et représentent des coûts de 1,7 milliard pour les assureurs canadiens, soit la moitié des réclamations en assurance habitation, selon le Bureau d'assurance du Canada (BAC).

Primes en hausse

C'est notamment pour cette raison que les factures d'assurance habitation sont en hausse constante depuis quelques années, explique Julie Bellemare, porte-parole du BAC.

«Nos primes ont augmenté de 8% l'année dernière, et la hausse va sans doute se poursuivre», confirme Gilles Gratton, d'Intact Assurance, qui comprend notamment l'enseigne Belair Direct.

À elle seule, l'inondation de juin dernier en Alberta a entraîné des réclamations de 300 millions pour Intact. L'impact sur les finances de l'entreprise sera tempéré par la réassurance - puisque l'assureur est lui-même assuré et dépose une réclamation auprès de son propre assureur pour les épisodes les plus coûteux. La catastrophe albertaine représentera finalement des coûts de 105 millions après impôts, ou 79 cents par action - pour un total de 123 millions, ou 92 cents par action, en charges après impôts au deuxième trimestre.

Pour le troisième trimestre, la société évalue ses charges après impôts à 134 millions, ou 1,01$ par action, pour un total de 257 millions pour ces deux trimestres.

Les clients incommodés par l'inondation du début du mois de juillet à Toronto ont de leur côté envoyé à Intact des réclamations totalisant 170 millions. Quant à la catastrophe de Lac-Mégantic, elle a été plus meurtrière, mais a entraîné des dégâts matériels plus circonscrits: les réclamations des clients d'Intact s'élèvent à 25 millions. «C'est une estimation, puisque ni nous ni nos clients n'avons encore accès à la zone rouge», précise M. Gratton.

Promutuel Monts et Rives, dont le bureau se trouve justement à l'intérieur de la zone rouge de Lac-Mégantic, assurait une bonne partie des entreprises et des particuliers sinistrés. L'assureur a reçu jusqu'à maintenant des réclamations atteignant 18 millions de la part d'environ 200 clients. «Les 17 employés du bureau ont été déplacés dans les locaux de la commission scolaire pour être en mesure de répondre aux demandes des clients éprouvés», indique Josée Garneau, porte-parole de Promutuel.

Chez Desjardins, on évalue pour le moment les réclamations à 6 ou 7 millions.

Les assureurs pourraient, un jour, récupérer une partie de ces sommes. «Selon les conclusions de l'enquête criminelle, les compagnies d'assurances pourraient poursuivre les responsables de la catastrophe», note Line Crevier, responsable du secteur technique et du centre d'information sur les assurances au BAC.

- Avec La Presse Canadienne

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À la charge des assureurs canadiens

Épisodes de climat extrême en 2012 (grands vents, verglas, pluies diluviennes, tempêtes de neige, etc.):

1 milliard

Dommages causés par l'eau en 2012 (inondations, refoulements d'égouts, infiltrations, etc.):

1,7 milliard