Les habitants de la Belle Province sont les moins endettés au Canada, avec les Manitobains. En moyenne, toutefois. Car le bilan des Québécois endettés n'est pas nécessairement plus reluisant que celui de leurs homologues canadiens. En quoi donc se distinguent-ils ?

MARC TISON LA PRESSE

Selon le rapport que la firme d'évaluation de crédit Equifax Canada a publié le 5 mars, la dette moyenne des Québécois, hypothèque non comprise, s'est établie à 19 438 $ au quatrième trimestre de 2018, en hausse de 1,7 % sur l'année précédente.

La moyenne canadienne s'est fixée à 23 520 $, en croissance de 3 %.

Seul le Manitoba a fait mieux, avec une dette moyenne de 18 948 $.

Le résultat québécois n'est pas exceptionnel. Depuis plusieurs années, le Québec et le Manitoba se partagent les dernières - et plus enviables - places, à bonne distance des autres provinces.

L'écart vient de la marge

Comment s'explique cet écart ? La richesse relative n'est pas une réponse, puisque les provinces maritimes gravitent autour de la moyenne canadienne.

« Une des différences essentielles entre le Québec et la moyenne nationale réside dans l'usage des marges de crédit, et particulièrement des marges hypothécaires », indique Bill Johnston, vice-président Données et analyses chez Equifax Canada. « Moins de personnes utilisent leur marge de crédit hypothécaire au Québec. »

Le Québec compte moins de propriétaires, ce qui réduit d'autant l'accès aux marges hypothécaires. Environ 9 % des Québécois détiennent une marge de crédit hypothécaire, comparativement à près de 11 % ailleurs au Canada.

« Les Québécois qui utilisent leur marge hypothécaire le font en moyenne comme la moyenne nationale, mais parce que moins de personnes s'en servent, la marge hypothécaire moyenne au Québec est d'environ 5900 $, contre 7500 $ au Canada, précise M. Johnston. La marge hypothécaire moyenne est actuellement de 66 750 $ au Québec et de 71 366 $ pour l'ensemble du Canada. »

Moins de dettes automobiles ?

Peut-être les Québécois achètent-ils des voitures plus petites et moins coûteuses ? À première vue, ce ne semble pas le cas : la dette automobile moyenne au Québec, à 3603 $, est plus élevée que la moyenne canadienne de 2853 $.

Cette fois, l'explication réside dans le fait que les Québécois sont plus nombreux à posséder une voiture. Selon Bill Johnston, environ 19 % des Québécois détiennent au moins un prêt auto. « La moyenne nationale est de 14 %. C'est ce qui fait que la dette moyenne par personne au Québec est plus élevée, même si le prêt moyen est inférieur. »

Le prêt auto moyen - c'est-à-dire la somme empruntée à l'achat - s'établit en effet à 18 607 $ au Québec et à 20 234 $ au Canada.

Une autre partie de l'explication réside dans les prêts bancaires, « qui incluent certains prêts autos, mais aussi des prêts pour la rénovation ».

Les Canadiens y ont eu recours à hauteur de 7046 $ par personne, alors que les Québécois se sont restreints à 4804 $.

« Parce que les taux d'intérêt sont en hausse, les marges hypothécaires sont des sources de stress, conclut Bill Johnston. Le fait que les Québécois y aient moins recours est un avantage. »