Deux étudiants se sont embarqués dans cette expérience entrepreneuriale en 2015. Deux expériences estivales bien remplies et beaucoup de réserves. Voici leurs témoignages.

Mis à jour le 14 nov. 2016
Isabelle Ducas LA PRESSE

« J'ai travaillé très fort »

Benjamin Wheeler, étudiant en finances à l'Université McGill

• Franchise de Peintres étudiants en 2015

• 15 000 $ de profits au cours de l'été sur des ventes de 60 000 $

Qu'est-ce que cette expérience t'a apporté ?

Je n'aurais jamais créé mon entreprise sans ce programme. C'était un défi et j'ai réussi malgré les difficultés. Je ne connaissais rien à la peinture au départ, mais j'ai gagné un prix pour la satisfaction des clients à la fin de l'été. J'ai travaillé très fort, 80 à 100 heures par semaine à certaines périodes. Si je le refaisais, je travaillerais moitié moins et je ferais deux fois plus d'argent. Une telle expérience m'ouvrira des portes sur le marché du travail.

Qu'est-ce que tu as moins aimé ?

Il fallait payer des redevances de 31 % à l'entreprise sur chaque contrat, c'est énorme, beaucoup trop pour les services reçus. J'ai versé plus d'argent à l'entreprise sur mes contrats que j'en ai mis dans mes poches. Si je calcule tout le temps investi, j'ai sans doute fait seulement 2 $ l'heure.

Je n'ai pas aimé leurs techniques de recrutement : ils nous manipulent pour nous convaincre d'embarquer. Ils sont bons vendeurs, mais je n'aime pas leurs méthodes. On a beaucoup de pression pour signer le contrat rapidement, mais c'est un document compliqué de 30 pages. Ils nous prennent en otages sans qu'on le réalise : il y a une pénalité de 5000 $ si on quitte le programme.

«Mon crédit est anéanti»

Claudy Marie Pierre, étudiante en gestion à l'Université Concordia

• Franchise du Programme de développement d'entreprises en 2015

• 8000 $ de pertes au cours de l'été sur des ventes de 26 000 $

Pourquoi ton expérience a-t-elle mal tourné ?

Les dépenses étaient trop élevées pour les revenus, et je n'ai pas été assez formée pour la production. Même si j'utilisais la méthode de l'entreprise pour estimer le temps requis pour un contrat, c'était toujours plus long. Par exemple, pour une terrasse à décaper, sabler et vernir, l'estimation était de trois jours. Mais au bout d'une semaine, on n'avait pas fait la moitié du travail. Je n'avais pas eu toute l'information sur les produits à utiliser, il a fallu recommencer certaines étapes. Finalement, on n'a pas terminé le contrat et j'ai dû donner un rabais à la cliente.

Quelles ont été les conséquences ?

En juillet, quand j'ai arrêté, j'avais 3000 $ de frais impayés à l'entreprise et 5000 $ sur ma carte de crédit pour du matériel. Non seulement je n'ai eu aucun revenu, mais j'ai encore des dettes à rembourser, et mon crédit est anéanti. Il y a aussi eu une plainte contre moi à la Commission des normes du travail, parce que je n'ai pas pu payer mes peintres.

N'étais-tu pas informée des risques avant d'embarquer?

Non. On nous parlait du coût de la franchise, mais pas de tous les autres frais. Sur chaque contrat, mon profit était mangé par les frais. Je n'ai pas eu de soutien pour redresser la situation.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Claudy Marie Pierre