La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui tire de l'arrière par rapport à ses rivaux canadiens pour ce qui est des investissements dans les infrastructures, vise un portefeuille de plus de 10 milliards de dollars dans ce secteur d'ici 2 ou 3 ans.

Mis à jour le 10 déc. 2013
Sylvain Larocque LA PRESSE

«C'est une catégorie d'actifs particulièrement attrayante parce qu'elle est à long terme et qu'elle offre par conséquent un appariement naturel avec les obligations des déposants [Régie des rentes, etc.]», affirme à La Presse Affaires Macky Tall, vice-président principal aux infrastructures à la Caisse.

Aéroports, autoroutes à péage, pipelines, entreprises de transport, sociétés de services publics et même hôpitaux: les infrastructures sont des actifs diversifiés et très prisés.

La Caisse vient de marquer un grand coup en investissant 1 milliard pour acquérir d'une firme américaine une participation de 26,7% dans le port de Brisbane, en Australie. Troisième port de conteneurs du pays, c'est celui qui est situé le plus près de l'Asie. Chaque année, 50 milliards de dollars de marchandises internationales y transitent.

«L'Australie est une grande île, alors un port revêt un caractère stratégique encore plus important qu'en Amérique du Nord ou en Europe, souligne M. Tall. C'est le premier investissement de la Caisse dans ce secteur. Ça faisait plusieurs années que nous regardions des opportunités portuaires à travers le monde.»

Les investisseurs institutionnels s'intéressent aux ports parce que leurs sources de revenus sont complémentaires: l'une est constituée des loyers facturés aux entreprises maritimes qui y louent des espaces, et l'autre provient des tarifs d'amarrage imposés aux armateurs. La première est stable, alors que la seconde fluctue en fonction de l'économie.

Populaire, l'Australie

Les investisseurs du monde entier se ruent actuellement sur l'Australie, qui s'est montrée résiliente pendant la récession. Borealis, le fonds d'infrastructures du Régime de retraite des employés municipaux de l'Ontario (OMERS), était en lice contre la Caisse pour le port de Brisbane. Plus tôt cette année, le Régime de retraite des enseignants de l'Ontario (Teachers') a investi dans un groupe de télécommunications de Sydney, alors que l'Office d'investissement du Régime de pensions du Canada (OIRPC) multiplie les transactions immobilières dans le pays.

Si 2012 avait été plutôt tranquille pour la Caisse dans le secteur des infrastructures, l'année qui se termine a été fort active. En plus du port de Brisbane, l'institution a porté à 200 millions ses investissements dans des projets en partenariat public-privé menés par la firme australienne Plenary Group. Elle a aussi investi

500 millions US dans des parcs d'éoliennes exploités par l'entreprise américaine Invenergy.

«Depuis 2010, notre portefeuille d'infrastructures a plus que doublé, précise Macky Tall. Jusqu'où allons-nous nous rendre? Ça dépendra des opportunités. Notre portefeuille se chiffre actuellement à 6,5 milliards, alors on peut anticiper que d'ici 2 ou 3 ans, il pourrait dépasser les 10 milliards.»

La Caisse a du rattrapage à faire: même si elle est le deuxième investisseur public en importance au pays, elle arrive au quatrième rang pour ce qui est des infrastructures, derrière OMERS, l'OIRPC et Teachers'.

«Au cours des dernières années, nous n'avons pas, à la Caisse, investi autant en infrastructures que nous aurions souhaité le faire», confie M. Tall, 45 ans.

Critères d'investissement

«Nous regardons beaucoup de dossiers, mais nous en trouvons moins qu'auparavant qui respectent nos critères d'investissement, ajoute-t-il. Quand ils ne les respectent pas, on continue à chercher. Les bons actifs, on n'est pas les seuls sur la planète à vouloir les regarder. Nos pairs à Toronto, en Europe et en Australie les cherchent également. Pour les actifs de grande qualité, il y a donc de la concurrence. Nous devons faire preuve de discipline en nous assurant que le profil risque-rendement est intéressant et que le modèle économique est robuste et solide à long terme.»

L'an dernier, la Caisse a ainsi vu deux transactions qui lui tenaient à coeur lui échapper: un investissement dans un exploitant australien de pipelines et un autre dans la société d'approvisionnement en eau de la région de Barcelone.

Le portefeuille de la Caisse a aussi pâti de certains désinvestissements. Par exemple, elle a revendu ses participations dans les barrages ontariens de Produits forestiers Résolu et dans le pipeline américain Southern Star après quelques années seulement. Morale de l'histoire: même si les infrastructures sont des actifs à long terme, les investisseurs ne les conservent pas nécessairement dans leur portefeuille pour de longues périodes.

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Infrastructures : les acteurs canadiens

[Actifs en infrastructures : Valeur en dollars | Pourcentage des actifs totaux]

1. Brookfield Asset Management : 26 milliards | 14

2. OMERS (employés municipaux de l'Ontario) : 11,6 milliards | 15

3. Office d'investissement du RPC : 11 milliards | 5,7

4. Régime de retraite des enseignants de l'Ontario : 9,6 milliards | 7,5

5. Caisse de dépôt et placement du Québec : 6,3 milliards | 3,6

6. BC Investment Management Corporation : 5,4 milliards | 5,5

7. Investissements PSP (fonctionnaires fédéraux) : 3,9 milliards | 5,1

8. Alberta Investment Management Corporation : 3,1 milliards | 4,5

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Infrastructures : les principaux acteurs mondiaux

[Siège social | Investissements au cours des 5 dernières années (en milliards US)]

1. Macquarie : Sydney | 23,7

2. Brookfield Asset Management : Toronto | 11,2

3. Global Infrastructure Partners : New York | 8,6

4. Office d'investissement du RPC : Toronto | 8,4

5. APG Asset Management : Amsterdam | 7,8

6. Queensland Investment Corporation : Brisbane | 6,9

7. Régime de retraite des enseignants de l'Ontario : Toronto | 6,9

8. Alinda Capital Partners : Connecticut | 5,9

Source : Infrastructure Investor