De l'échangeur Turcot à la Grande Mosquée d'Alger en passant par la Baie-James et l'Amérique du Sud, Dessau a laissé sa marque sur des milliers de projets au Québec et partout sur la planète.

Philippe Mercure LA PRESSE

Pourtant, avant les récentes révélations sur la collusion et les dons aux partis politiques, ce géant a poursuivi sa croissance à l'ombre des projecteurs. Portrait d'une multinationale discrète qui se retrouve aujourd'hui dans l'embarras.

Elle compte 5000 employés, génère des ventes annuelles de 750 millions et entreprend 6000 projets par année. Elle possède des bureaux autant en Algérie et au Pérou qu'en Colombie et en République dominicaine.

Dessau est l'une des plus importantes multinationales du Québec. Mais pendant que des firmes comme SNC-Lavalin et Genivar sont suivies par des hordes de boursicoteurs et d'analystes, Dessau, elle, est toujours restée sous le radar.

L'entreprise au capital fermé n'a pas les obligations de divulgation de ses concurrents québécois. La famille Sauriol qui la dirige ne cherche pas les feux de la rampe. Résultat: avant les révélations récentes des médias et de la commission Charbonneau, Dessau faisait très peu parler d'elle.

Hier, La Presse Affaires a écumé les milieux financiers et universitaires à la recherche d'un observateur qui aurait pu commenter la progression de l'entreprise. En vain. Nos appels chez Dessau sont aussi restés sans réponse.

La firme, pourtant, a laissé sa marque sur bon nombre de bâtiments et d'ouvrages de génie, autant au Québec qu'à l'étranger.

Les débuts

Dessau naît en 1957 lorsque Paul-Aimé Sauriol et Jean-Claude Desjardins fondent ce qui s'appelle alors Desjardins&Sauriol, ingénieurs-conseils. La jeune entreprise réalise des plans de voirie, d'égouts et d'aqueducs pour de petites municipalités du Québec.

La firme passe cependant rapidement aux gros mandats. Autoroute des Laurentides, échangeur Turcot, pont Pie-IX, Baie-James, Stade olympique: dans les années 60 et 70, Dessau appose son nom sur les grands projets d'ingénierie de la province.

La première percée à l'international survient en 1975 avec la construction d'une route nationale de 700 kilomètres au Zaïre.

Côte d'Ivoire, Thaïlande, Malaisie, Pérou: les mandats internationaux déboulent ensuite. En 1992, le fils du fondateur Paul-Aimé Sauriol, Jean-Pierre, prend la tête de l'entreprise. Son frère Rosaire occupe de son côté divers postes de directeur et de vice-président au fil des ans.

En 1998, Dessau, qui compte 600 employés, avale la québécoise Soprin, qui en emploie 400. Pendant plus d'une décennie, l'entreprise sera connue sous le nom de Dessau-Soprin.

Ouverture d'un bureau en Algérie en 2003, acquisition d'une entreprise chilienne en 2004, achats de laboratoires de géotechnique en Ontario en 2009: Dessau poursuit sa croissance. Aujourd'hui, la firme figure parmi les 60 plus grandes entreprises de génie et de construction de la planète. Elle compte 5000 employés, comparativement à 15 000 pour Genivar et 34 000 pour SNC-Lavalin.

Corruption et collusion

C'est en 2009 que les médias soulèvent des questions sur Dessau, en regard des contrats du Faubourg Contrecoeur et des fameux compteurs d'eau de la Ville de Montréal. Cette année-là, la firme engage aussi l'ancien directeur général de la Ville de Montréal, Frank Zampino. En 2010, l'escouade Marteau perquisitionne les locaux de l'entreprise.

La semaine dernière, Rosaire Sauriol, vice-président pour l'Amérique latine de l'entreprise, avoue devant la commission Charbonneau que des employés de la firme ont versé illégalement près de 1 million au Parti libéral du Québec et au Parti québécois entre 1998 et 2012.

M. Sauriol confesse aussi que Dessau a financé la prise de pouvoir et la réélection de nombreux maires et a participé à un système de collusion. Il a finalement annoncé sa démission lundi, laissant derrière lui une firme à la réputation entachée.

En chiffres

> Fondée en 1957

> Revenus: 750 millions

> 5000 employés (comparativement à 15 000 pour Genivar et 34 000 pour SNC-Lavalin)

> 6000 projets par année

> Des bureaux permanents au Québec, en Algérie, en Colombie, au Costa-Rica, au Pérou, en République dominicaine et à Trinité-et-Tobago.

> Au 39e rang des plus importantes sociétés québécoises en 2011, selon le palmarès du journal Les Affaires.