Des maisons qui se vendent à des prix stratosphériques. Les ventes de champagne qui grimpent. Les Mercedes Benz qui n'ont jamais été aussi nombreuses dans les rues. Les signes de richesse se multiplient au Québec mais le nombre de millionnaires, lui, reste désespérément stable. De toute évidence, les statistiques fiscales ne disent pas tout. Il y a plus probablement plus de riches au Québec que ceux que le fisc connaît. Mais combien? C'est la question à plusieurs milliards de dollars.

Hélène Baril LA PRESSE

Bernard Fortin, professeur au département d'économie à l'Université Laval, a beaucoup travaillé sur l'évaluation de l'économie souterraine. Il l'estimait il y a quelques années à 3% du PIB du Québec et il croit aujourd'hui que ça n'a pas beaucoup changé.

Statistique Canada, pour sa part, parle de 5% du produit intérieur brut, c'est-à-dire la valeur de tous les biens et services produits dans une année. Ça veut dire entre 9,5 et 16 milliards de revenus qui échappent au regard de l'État chaque année.

Le ministère du Revenu travaille fort pour récupérer une partie de cet argent (voir tableau). Mais attention, il ne faudrait pas croire que ce ne sont que les riches qui camouflent leurs gains pour ne pas payer d'impôt.

«On trouve beaucoup de travail au noir chez les faibles revenus», affirme Bernard Fortin. Les plus pauvres perdent des avantages importants quand leurs revenus augmentent, explique-t-il, d'où leur intérêt à ne pas déclarer leurs gains. Les plus riches utilisent les fiscalistes et autres spécialistes pour réduire leur impôt à payer.

L'évasion fiscale est la conséquence directe d'un fardeau fiscal élevé, estime le professeur, mais il y a d'autres effets tout aussi nocifs pour l'économie.

«Si on continue à augmenter les impôts, il y a un coût pour l'économie», explique-t-il. Un fardeau fiscal élevé décourage le travail et l'épargne, et fait baisser l'investissement et donc la croissance économique.

Des impôts élevés font aussi fuir les travailleurs les plus qualifiés, qui sont plus mobiles et qui peuvent facilement trouver un emploi ailleurs. «Pour le Québec, qui est une petite économie ouverte, c'est très important de pouvoir attirer et garder des travailleurs qualifiés.»

Les États-Unis, en plus d'avoir un taux d'imposition beaucoup plus faible que le Québec, sont une économie plus grande et moins ouverte que celle du Québec. Les travailleurs qualifiés sont mobiles d'un État à l'autre, mais ne sont pas aussi enclins à quitter le pays, croit Bernard Fortin.

Les impôts élevés n'ont pas que des inconvénients. Ils permettent une redistribution des revenus et une réduction des inégalités sociales. Le Canada et le Québec, avec leur fardeau fiscal élevé, sont des sociétés plus égalitaires que les États-Unis, dont le niveau d'inégalités est le plus élevé des pays industrialisés, selon le Conference Board.

Le taux marginal d'imposition est de 35% aux Etats-Unis. C'est le taux maximum qui s'applique pour les revenus de 319, 150$ US et plus.

Certains États ont aussi leur impôt sur le revenu, à des taux beaucoup plus faibles. Certains autres n'en ont aucun. Il n'y a aucune taxe de vente au niveau fédéral.

«Les États-Unis ont du jeu pour augmenter les impôts», estime Bernard Fortin. Toutefois, il faut garder en tête que toute augmentation d'impôt a un coût pour l'économie.

Si les Américains se retrouvent aujourd'hui avec une aussi lourde dette et une réduction de leur cote de crédit, c'est qu'ils ont réduit les impôts et augmenté les dépenses. Après une guerre en Irak, une autre en Afghanistan, le sauvetage du secteur automobile et du secteur financier, il est maintenant l'heure de passer à la caisse.