On l'a critiqué pour son manque de transparence et son faible taux de rétention, mais le programme Immigrants investisseurs a généré des milliers d'emplois au Québec, soutiennent deux économistes qui tenteront ce matin de convaincre le gouvernement d'attirer davantage de ces étrangers fortunés.

Mis à jour le 31 mai 2011
Martin Croteau LA PRESSE

Dans un mémoire qu'ils présenteront devant la commission parlementaire chargée de planifier l'immigration aujourd'hui, les économistes Pierre Fortin et Pierre Emmanuel Paradis soutiennent qu'il faut admettre davantage d'immigrants investisseurs. La raison est simple: ils génèrent à eux seuls une importante activité économique.

Des quelque 45 000 immigrants admis chaque année au Québec, à peine 3,5% arrivent par l'entremise de ce programme, essentiellement des pays asiatiques. Mais leur impact sur l'économie de la province est «substantiel», estiment les chercheurs. À eux seuls, ils ont généré des investissements de 500 millions de dollars dans plus de 3000 entreprises québécoises de 2001 à 2011.

«Ce sont des PME qui ont reçu de l'argent et qui ont pu réaliser des projets grâce à ce programme», souligne en entrevue Pierre Emmanuel Paradis.

Pour la seule année 2009-2010, les fonds placés par des immigrants investisseurs ont permis de créer 2600 emplois, en plus d'en maintenir 1355 autres.

Le programme Immigrants investisseurs vise les étrangers fortunés qui souhaitent s'établir au Canada. Pour y participer, les candidats doivent posséder un avoir net d'au moins 1,6 million et posséder une expérience en gestion.

Surtout, ils versent 800 000$ à Investissement Québec (le total était de 400 000$ jusqu'à l'an dernier), somme qui leur est remboursée sans intérêt au bout de cinq ans. En retour, ils obtiennent la citoyenneté canadienne et leur famille peut s'établir au pays.

Investissement Québec utilise la totalité des sommes du programme pour financer des PME.

Familles

L'arrivée des familles de ces gens d'affaires fortunés a un impact économique encore plus immédiat sur la province, soulignent MM. Fortin et Paradis. Elles achètent des maisons cossues, des voitures de luxe, des téléphones portables, bref, un éventail de produits dans les magasins québécois.

Les chercheurs ont mené un sondage auprès de 107 familles d'immigrants investisseurs. Et le répondant moyen avait engagé des dépenses d'environ 720 000$ depuis son arrivée.

«Il y en a une partie qui, non seulement ont conservé leurs activités en Asie, mais qui ont aussi créé des liens d'affaires avec le Canada et qui ont investi dans les entreprises ici», souligne M. Paradis.

Pour que le Québec profite pleinement de ce potentiel, il faut accueillir davantage d'immigrants investisseurs, soulignent les chercheurs. Ils plaident aussi pour une réduction des délais d'attente, ainsi que des mesures pour mieux intégrer les nouveaux arrivants et leurs familles.

En février, le Conseil des relations interculturelles du Québec a critiqué le programme, soulignant qu'à peine 10% des immigrants investisseurs restaient au Québec au bout de 10 ans. C'est pourquoi le gouvernement doit faire davantage pour intégrer ces nouveaux venus fortunés, indique M. Paradis.

«Plutôt que de dire «dommage, ils s'en vont», on constate que ceux qui restent dépensent beaucoup d'argent, dit M. Paradis. Et quand de l'argent vient de l'étranger comme cela, c'est une injection directe de fonds étranger sdans l'économie. Ça vaut la peine de faire des efforts pour que ces familles restent ici.»

La recherche de MM. Fortin et Paradis a été financée par un regroupement d'institutions financières qui travaillent auprès d'immigrants investisseurs potentiels.