À l'image de la petite société de biotechnologies qui lui a donné naissance, la Millenia Hope Foundation a un voisinage douteux. Au sens littéral du terme. Mais qui s'en douterait quand un sénateur libéral puis un acteur célèbre ont tour à tour présidé son conseil d'administration?

Publié le 18 nov. 2010
Sophie Cousineau LA PRESSE

Il peut paraître étonnant, pour une entreprise en démarrage, de lancer une fondation caritative. Même de grandes entreprises ne sont pas d'aussi bons citoyens.

De son propre aveu, la mission ambitieuse de la fondation lancée par Millenia Hope en 2004 n'était toutefois pas désintéressée.

À l'origine, cette entreprise en biotechnologies de Montréal cherchait à amasser des fonds pour venir en aide aux pauvres et aux malades. Les fonds recueillis par cette fondation à but non lucratif devaient servir à payer des médicaments et à offrir une meilleure éducation aux plus démunis.

Or, par médicaments, il était clair que la fondation devait permettre à des pays d'Afrique d'acheter le Malarex, le médicament-vedette de Millenia Hope contre la malaria, une maladie endémique sur ce continent.

Cette fondation devait s'établir au départ au Royaume-Uni. Mais de ce bureau on ne trouve nulle trace. Son adresse officielle est le 500, boulevard Saint-Martin Ouest, à Laval.

La Millenia Hope Foundation occupe le bureau 550. C'est celui de l'avocat Gilles Poliquin, partenaire d'affaires de Benoît Laliberté, cet ancien dirigeant de Jitec qui a été condamné à payer plus de 650 000$ en amendes pour de la manipulation boursière et des délits d'initiés.

Plusieurs des entreprises et des administrateurs de la constellation Millenia Hope utilisent d'ailleurs cette adresse.

Cet édifice à bureaux anonyme est bien connu des policiers, comme le rapportait La Presse en juin 2008. Depuis le début des années 2000, ils y ont perquisitionné deux fois. En 2001, les policiers ont investi l'immeuble pour saisir des documents de la firme comptable Lamothe Bergeron. Son associé Fernand Lamothe travaillait comme comptable pour le compte de Michel Rose, un membre des Hells Angels-Nomads qui a été condamné à 22 ans de prison pour meurtre, trafic de drogues et gangstérisme.

En novembre 2006, dans le cadre de l'opération Colisée, une grande rafle policière qui s'est soldée par 90 arrestations, les policiers y ont fouillé un local loué par Malts Financing. Les policiers soupçonnaient Malts Financing de blanchir de l'argent pour le crime organisé, selon le mandat de perquisition.

Coïncidence, ces deux perquisitions sont survenues au cinquième étage, là où se trouve la Millenia Hope Foundation.

La Millenia Hope Foundation a toujours bien paru. C'est le sénateur libéral Charlie Watt qui, dès sa création en 2004, en a présidé le conseil d'administration, où siégeait également son fils, Billy Watt.

Se disant débordé, Charlie Watt a uniquement accepté de nous parler par l'entremise de son adjointe, Tracy Chubaty. Celle-ci nous a expliqué que le sénateur ne s'implique plus dans cette fondation «depuis des années». Selon Tracy Chubaty, le sénateur a fait de nombreuses démarches pour que son nom soit retiré de la liste de ses administrateurs, la documentation de la fondation n'ayant pas été mise à jour sur le site de l'Agence de revenu du Canada, qui chapeaute les organismes de bienfaisance.

La Millenia Hope Foundation devait financer un projet de traitement des eaux dans le Grand Nord. Voyant qu'il ne se concrétisait pas, ce sénateur d'origine inuite s'est impatienté et a voulu mettre un terme à son association avec la Millenia Hope Foundation, raconte Tracy Chubaty.

C'est le comédien Daniel Pilon, célèbre pour ses rôles dans des soaps américains et dans des films québécois, qui vient de lui succéder. La Presse l'a joint par l'entremise de son agente, vendredi dernier. Un rendez-vous téléphonique avait été pris pour lundi matin, mais Daniel Pilon s'est défilé, dirigeant les questions vers Perry Choinière, président de la fondation. Or, le numéro que le comédien a refilé à La Presse pour joindre Perry Choinière ne fonctionne plus.

Il est difficile d'en savoir plus sur cette fondation qui paraît inactive, si l'on se fie au dernier rapport financier qu'elle a transmis à l'Agence de revenu du Canada. Dans sa déclaration de 2008, la Millenia Hope Foundation affirme avoir dépensé 158$ sur des revenus de 453$.

La Millenia Hope Foundation n'en continue pas moins de solliciter des dons sur son site web et sur Twitter. Ses derniers «tweets» remontent à mai dernier. Ils enjoignent aux internautes de «donner pour la bonne cause». C'est 35$US par appel aux États-Unis ou encore 45$CAN par appel au Canada.

Ici aussi, les deux numéros de téléphone inscrits ne fonctionnent plus.

Pour joindre notre chroniqueuse: sophie.cousineau@lapresse.ca