En difficulté financière, le quotidien communiste l'Humanité a été placé « sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny », a annoncé vendredi soir son directeur Patrick Le Hyaric.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce dernier réagissait à des informations de l'hebdomadaire Marianne selon lequel le journal s'était « vu contraint de se déclarer en cessation de paiement ».

« Depuis des mois », lecteurs et personnel du quotidien fondé en 1904 par Jean Jaurès ont été informés « des lourdes difficultés financières que devait affronter l'Humanité, comme de nombreux autres journaux », a soutenu M. Le Hyaric dans un communiqué laconique, précisant qu'une audience aura lieu « le 30 janvier prochain sur l'avenir de l'entreprise ».

Selon un journaliste de l'Humanité requérant l'anonymat, les salariés ont été informés de la nouvelle jeudi en réunion de programmation et « se sont vu promettre qu'ils seraient payés, mais par l'entremise du régime de garantie des salaires », qui prend le relais lorsqu'une entreprise n'a pas les fonds nécessaires pour payer les salaires.

Les journalistes, qui représentent plus de la moitié des quelque 200 salariés du quotidien, ont été « pris de cours » lors de l'annonce, mais restent « combatifs ».

« C'est surtout une crise de la presse papier dans sa totalité ; cela pose la question de l'indépendance de la presse en France », analyse-t-il, en se demandant s'il est encore « possible aujourd'hui d'avoir une presse indépendante des grands groupes financiers ou de leur filiale ».  

Produire un journalisme de qualité est devenu de plus en plus difficile pour les médias d'information en lutte pour leur survie sur le plan économique, en particulier en ce qui concerne le reportage à l'étranger et l'enquête, qui nécessitent plus de ressources.

Un plan de continuation a été présenté par la direction du quotidien, selon Marianne, qui avance deux hypothèses. Si le plan devait être rejeté, le quotidien « serait placé en liquidation judiciaire et fermerait », mais, « dans le cas le plus probable, c'est un redressement judiciaire qui sera prononcé, afin de lui laisser une chance de poursuivre son activité », poursuit l'hebdomadaire.

« Le journal de Jean Jaurès n'est pas encore mort », poursuit un journaliste de l'Humanité. Une réunion de soutien est annoncée le 22 février à la Bellevilloise dans le 20e arrondissement de Paris, et une souscription a été ouverte pour permettre au journal de Jaurès de continuer à paraître.