Mark Carney a accepté de rester à la tête de la Banque d'Angleterre jusqu'en janvier 2020 pour maintenir la stabilité en pleine période «turbulente» du Brexit, a annoncé mardi le ministre des Finances Philip Hammond.

Publié le 11 sept. 2018
Patrice NOVOTNY AGENCE FRANCE-PRESSE

Mark Carney devait quitter ses fonctions en juin 2019, mais «il restera jusqu'à la fin janvier 2020 afin d'assurer une continuité pour notre économie» alors que le Royaume-Uni quittera officiellement l'Union européenne le 29 mars 2019 au soir, a expliqué M. Hammond à la Chambre des communes.

Il a ajouté que cette prolongation de sept mois aiderait à franchir «une période turbulente pour notre économie pendant l'été».

Cette possible prolongation était évoquée depuis plusieurs semaines dans la presse et les cercles financiers. Souhaitée ardemment par le gouvernement conservateur de Theresa May et son ministre des Finances Philip Hammond, elle n'allait pas de soi pour l'intéressé, Mark Carney, qui souhaitait en finir plus tôt pour des raisons personnelles.

Dans une lettre adressée à M. Carney publiée mardi par le Trésor, le chancelier de l'Échiquier souligne que cette continuité était importante «pendant cette période exceptionnelle». «Elle permettrait en outre de nommer un nouveau gouverneur à l'automne l'an prochain, une fois que les termes du retrait britannique et les grandes lignes du prochain partenariat» auront été finalisés avec l'UE, ajoute le ministre.

Dans sa réponse écrite publiée par le Trésor, M. Carney reconnaît «que pendant cette période critique, il est important que chacun fasse tout ce qu'il peut pour soutenir un Brexit en douceur et réussi». «En conséquence (...) je confirme que je serais honoré de prolonger mon mandat jusqu'en janvier 2020», écrit le gouverneur.

Critiqué par les Brexiters

Son maintien pour sept mois supplémentaires devrait rassurer les milieux financiers qui ont apprécié la manière dont il a géré l'après-référendum de juin 2016.

M. Carney avait notamment décidé dans la foulée, avec le comité de politique monétaire de la BoE, de baisser le taux d'intérêt de la banque pour aider l'économie à franchir le choc de ce vote surprise.

Le gouverneur s'est toutefois attiré les foudres des partisans du Brexit qui ont contesté ses prévisions économiques jugées trop sombres.

Récemment, la Banque a légèrement resserré sa politique monétaire, afin de limiter l'inflation et de se donner des marges de manoeuvre en cas de soubresauts dans les mois qui viennent.

Début août, M. Carney avait mis en garde contre le risque «inconfortablement élevé» et «indésirable» d'une absence d'accord sur le Brexit. Toutefois, il ajoutait alors que le système financier britannique était «prêt» à une telle éventualité.

Le Canadien est devenu en 2013 le premier étranger à occuper le poste prestigieux de gouverneur de la vénérable banque centrale britannique, dont le siège se trouve au coeur du quartier des affaires de la City à Londres.

Il avait prévenu dès le départ qu'il ne resterait que cinq ans à son poste, alors que la durée du mandat est en théorie de huit ans maximum. Le banquier central avait toutefois déjà décidé en octobre 2016 de rester un an de plus afin d'être aux commandes pendant les négociations sur le Brexit.

Diplômé des Universités de Harvard et Oxford, ce grand brun grisonnant au visage carré a passé 13 ans au sein de la banque d'affaires Goldman Sachs, avant de rejoindre la fonction publique, cinq ans avant de prendre la tête de la banque centrale du Canada en 2008 à l'âge de 42 ans. Il est marié à une Britannique et père de quatre filles.

M. Carney a hérité du surnom de «petit-ami pas fiable» dans les médias britanniques après avoir suggéré en 2014 un relèvement plus rapide que prévu du taux de la BoE, puis de faire machine arrière compte tenu des incertitudes économiques en zone euro et en Chine.