La Banque du Japon a choisi le statu quo mardi, à deux jours d'une décision très attendue de son homologue américaine, tout en prenant acte pour la première fois du «ralentissement dans les économies émergentes».

Publié le 15 sept. 2015
Anne Beade AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans une décision sans surprise, les membres du comité de politique monétaire ont reconduit, à huit voix contre une, le vaste programme de rachat d'actifs mis en place en avril 2013 dans l'espoir de vaincre quinze années de déflation.

Un nouvel assouplissement ne s'impose pas, a-t-elle jugé, évoquant dans les termes habituels «la reprise modérée» de l'économie nippone, soutenue par un investissement des entreprises et une consommation des ménages quelle juge satisfaisants.

La Banque du Japon fait ainsi fi des dernières statistiques: durant le trimestre d'avril à juin, le produit intérieur brut (PIB) a en effet reculé de 0,3% par rapport à celui de janvier-mars, sous le coup d'une demande intérieure atone.

Fait nouveau, la banque centrale admet cependant que «les exportations et la production industrielle sont affectées par le ralentissement des économies émergentes».

Malgré ces aléas extérieurs, le Japon devrait renouer avec la croissance au troisième trimestre, a estimé le gouverneur Haruhiko Kuroda lors d'une conférence de presse, attribuant le creux du printemps - un «accident de parcours» - au mauvais temps et à une chute temporaire des exportations après un solide début d'année.

Il a de nouveau balayé les craintes sur la Chine. «L'activité s'essouffle en particulier dans le secteur manufacturier, mais les autorités ont montré leur détermination et l'expansion va se poursuivre à un rythme progressif», a-t-il assuré.

Le Japon ne peut ignorer les soubresauts de son voisin, un partenaire commercial majeur. En 2014, l'Archipel nippon a exporté 18,3% de ses marchandises (en valeur) vers le marché chinois. Surtout, 54% des exportations de l'Archipel sont destinées à l'Asie, région directement fragilisée par les difficultés de la Chine.

«Boxeur assommé»

Se profile en outre une hausse des taux américains, qui risque d'affecter les pays émergents en agissant comme un «aimant à capitaux» au bénéfice des États-Unis. Mais là aussi, M. Kuroda s'est voulu rassurant: «si la Réserve fédérale (Fed) décide de relever ses taux, cela témoignera de sa confiance dans le redressement américain, et un redressement américain solide est un plus pour l'économie japonaise».

«La Banque du Japon apparaît comme un boxeur assommé qui tente de repousser un K.-O. inévitable. Elle persiste avec une vision positive de l'économie quand toutes les statistiques disent le contraire», a réagi dans une note Yasunari Ueno, de Mizuho Securities.

«Nous pensons que les aléas extérieurs vont avoir des conséquences négatives sur l'économie japonaise bien supérieures à ce que la Banque du Japon anticipe», a renchéri Kohei Iwahara, analyste chez Natixis. «Si rebond il y a au deuxième semestre, il sera modeste, ce qui va intensifier les pressions déflationnistes».

L'inflation, principale jauge de l'institution, évolue actuellement autour de zéro sous l'effet de la chute des prix de l'énergie, mais M. Kuroda espère malgré tout atteindre son objectif ultime de 2% courant 2016. Il l'a réaffirmé mardi, invoquant «une tendance des prix positive à long terme»: si on exclut l'alimentation et l'énergie, ceux-ci ont ainsi progressé de 0,6% en juillet.

Le mois dernier, le gouverneur s'est toutefois dit prêt à agir si la baisse des prix du pétrole rejaillissait trop négativement sur l'inflation.

Selon un tiers des économistes sondés par Bloomberg, une augmentation du programme de rachat d'actifs - actuellement de 80 000 milliards de yens par an - pourrait intervenir dès la réunion du 30 octobre, date à laquelle la Banque du Japon doit actualiser ses prévisions.

Mais, avertit M. Ueno, ce coup de pouce «n'aura que peu d'effet sur l'activité économique ou les prix», si ce n'est via un nouvel affaiblissement du yen, aubaine pour les groupes exportateurs qui ne s'est pour l'heure pas étendue aux ménages, compromettant l'ambitieuse stratégie «Abenomics» du premier ministre Shinzo Abe.