Le Brésil, septième puissance économique mondiale, est entré en récession au deuxième trimestre, à un moment où d'autres grands pays émergents comme la Russie et la Chine connaissent un ralentissement de leur croissance, voire une contraction de leur PIB.

Publié le 28 août 2015
Laura BONILLA CAL AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est la première fois en six ans, depuis le premier trimestre 2009, que le Brésil se retrouve en «récession technique», qui se caractérise par deux trimestres consécutifs de recul du produit intérieur brut (PIB), a annoncé vendredi l'Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE, public), et cette période de reflux devrait durer au moins deux ans, prédisent les analystes.

Le PIB du Brésil, première économie d'Amérique latine, a baissé de 1,9 % au deuxième trimestre, une chute supérieure à celle prévue par les analystes des banques étrangères et brésiliennes. Au premier trimestre, le produit intérieur brut avait reculé de 0,7 %, a rappelé l'IBGE.

Une «forte récession» marquée par «une inflation et des taux d'intérêt en hausse» sur fond de «nécessité d'un ajustement budgétaire qui n'arrive pas. Cela affecte la confiance des investisseurs, des entrepreneurs et des consommateurs», a déclaré à l'AFP Alex Agostini, économiste-chef de l'agence de notation brésilienne Austin Rating.

Le tout, a-t-il souligné, «dans une conjoncture politique assez trouble».

Conjoncture difficile 

Car la présidente de gauche Dilma Rousseff, 67 ans, pâtit notamment des retombées du scandale de corruption au sein de la compagnie pétrolière publique Petrobras qui éclabousse la coalition de centre gauche au pouvoir.

Elle lutte aussi pour faire passer au Parlement un dur ajustement budgétaire qui lui coûte cher du point de vue politique, même auprès de ses partisans.

Sa popularité a dégringolé à 8 %, faisant d'elle la dirigeante du Brésil la plus impopulaire en 30 ans, moins de huit mois après sa réélection pour un second mandat de quatre ans. Certains secteurs réclament sa destitution, d'autres, très minoritaires, le retour à la dictature.

Et ce tandis que la conjoncture économique s'annonce de plus en plus difficile, l'inflation frôlant déjà les deux chiffres à 9,56 % et le taux directeur de la banque centrale étant à 14,25 %, son plus haut niveau en neuf ans.

Le chômage grimpe également et le réal, la monnaie nationale, s'est déprécié de 25 % depuis le début de l'année.

«Au moins, allons-nous mal pour une bonne cause», se console André Perfeito, du consultant Gradual Investimentos à Sao Paulo, avant d'expliquer : «Le Brésil fait un ajustement très fort pour freiner l'inflation, un ajustement à caractère récessif, qui freine la demande».

Le Brésil n'est pas le seul

Après une hausse spectaculaire de 7,5 % du PIB en 2010 qui avait fait du Brésil un des chouchous des investisseurs au sein des pays émergents, son économie a rapidement commencé à ralentir, enregistrant une croissance de 2,7 % en 2011, 1 % en 2012, 2,5 % en 2013 et de 0,1 % seulement en 2014.

Mais le Brésil n'est pas le seul État membre du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à être en difficulté.

La Russie traverse ainsi une profonde récession en raison des sanctions liées à la crise ukrainienne et de la chute des cours du pétrole, qui ont provoqué un effondrement du rouble fin 2014, pénalisant pouvoir d'achat et consommation. La chute du PIB pourrait atteindre 4 % cette année, a récemment déclaré le conseiller économique du Kremlin, Andreï Belooussov.

Le ralentissement en Chine pèse particulièrement sur le Brésil. Ce géant asiatique est en effet son premier partenaire commercial dont il importe surtout des matières premières, comme le minerai de fer.

Une relance à court terme de l'économie brésilienne est d'ores et déjà écartée. Le marché prévoit une récession tout le long de cette année, avec une chute du PIB de 2,06 %, et celle-ci se prolongerait en 2016, avec une baisse de 0,26 %.

«Si cela se confirmait, ce serait le pire résultat de l'économie brésilienne au cours des 85 dernières années puisque la dernière fois que cela est arrivé, c'était en 1930-31», note l'expert Alex Agostini.