Silvio Berlusconi a promis de s'attaquer dès lundi à la réforme des retraites en Italie, lors d'un sommet de l'UE, après s'être fait rappeler à l'ordre par ses partenaires qui ont exigé de lui des engagements fermes sur la réduction des déficits face à la crise de la dette.

Christian Spilmann AGENCE FRANCE-PRESSE

La journée tendue du chef du gouvernement italien a commencé très tôt, à 08H30, par un confessionnal avec le président de l'Union européenne, Herman van Rompuy, suivi par une audition serrée avec le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel.

«Certains» dirigeants européens devront «convaincre d'ici mercredi leurs collègues que leurs pays mettent pleinement en oeuvre les mesures promises» pour redresser leurs finances publiques et réformer leurs économies, a annoncé M. van Rompuy lors du sommet.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont été plus explicites.

«Nous avons dit clairement à Silvio Berlusconi que l'Italie doit tout faire pour être à la hauteur de ses responsabilités», a déclaré la chancelière dans un point de presse commun avec le président français.

«L'Italie a une dette publique importante. Il faut qu'elle soit réduite de manière crédible dans les années à venir», a-t-elle ajouté.

L'effort doit porter sur «des mesures pour relancer la croissance» et «des mesures pour réduire la dette», a-t-elle précisé.

«Nous faisons confiance au sens des responsabilités de l'ensemble des autorités politiques et économiques de l'Italie», a pour sa part déclaré M. Sarkozy.

Les deux dirigeants ont eu un échange de sourires amusés lorsqu'ils ont été interrogés sur la manière dont s'était déroulée l'entrevue avec M. Berlusconi. «Il faut y voir une discussion entre amis», a éludé Angela Merkel.

Mais le chef de l'Etat français a averti les autorités italiennes. «Il n'est pas question de faire appel à la solidarité des partenaires si on ne fait pas les efforts nécessaires». La zone euro est en effet en train de renforcer son Fonds de secours financier, le FESF, précisément dans l'objectif de protéger l'Italie et l'Espagne.

Sous la pression, le chef du gouvernement italien a du coup annoncé à l'issue de la réunion son intention de convoquer un conseil des ministres extraordinaire dès lundi pour réformer le système des retraites.

Il a toutefois reconnu qu'il lui faudrait emporter l'accord de la Ligue du Nord, le parti populiste et anti-européen membre de son gouvernement.

Dans la ligne de mire des marchés, l'Italie a adopté en juillet et en septembre des mesures d'austérité draconiennes censées permettre au pays de parvenir à l'équilibre budgétaire dès 2013 et de réduire sa dette colossale de 1.900 milliards d'euros (120% du PIB).

Mais les responsables européens ont le sentiment que depuis que la Banque centrale européenne (BCE) a volé en août au secours de l'Italie, en commençant à racheter sa dette publique sur les marchés, Rome a relâché ses efforts et commencé à revenir sur ses promesses de rigueur, a expliqué à l'AFP un diplomate.

M. Berlusconi peine également à apaiser les Français, à qui il fait des promesses non tenues. Paris a en effet soutenu la nomination de l'Italien Mario Draghi à la tête de la BCE, pour remplacer en novembre le Français Jean-Claude Trichet.

L'accord tacite prévoyait que la France récupère le poste au sein du directoire de la BCE occupé par un autre Italien, Lorenzo Bini Smaghi. Mais ce dernier refuse de partir.

Silvio Berlusconi a reconnu avoir été pris à partie par M. Sarkozy sur cette question et lui a confessé n'avoir aucun pouvoir pour forcer M. Bini Smaghi à démissionner. «A un moment, je lui ai demandé: Que dois-je faire, le tuer?», a-t-il confié au cours d'un point de presse.