Les magasins sont toujours bondés et les clients, bien fringués, croulent sous les paquets soigneusement suremballés. Deux décennies de stagnation économique n'ont apparemment pas entamé le pouvoir d'achat des Tokyoïtes, qui continuent de consommer avec frénésie.

Hélène Baril LA PRESSE

Erreur! Il ne faut pas se fier aux apparences, assure Hisa Anan, la secrétaire générale de Shodanren, le regroupement des associations de consommateurs du Japon.

«Les gens préfèrent couper dans l'alimentation pour s'acheter une plus grosse télé, trois ordinateurs, deux téléphones portables et un sac Louis Vuitton pour transporter le tout», raille-t-elle.

Une mèche mauve barre la chevelure grise de celle qui suit de près les habitudes de consommation des Japonais. Au Japon, on est friands de statistiques. C'est peut-être la raison pour laquelle le pays a adopté le baseball comme sport national. Shodanren, comme les autres organisations, n'en manque pas.

Le Japon n'est pas la société égalitaire qu'elle a déjà été, explique-t-elle, chiffres à l'appui. «La pauvreté chez les jeunes est en forte croissance, à cause des salaires moins élevés et de l'augmentation du travail à temps partiel.»

C'est pourtant ces mêmes jeunes qui doivent faire vivre un contingent de plus en plus imposant de prestataires de retraites, qui comptent déjà pour le quart de la population totale.

Parce qu'ils sont sans emploi ou qu'ils occupent des emplois précaires et mal payés, les jeunes Japonais ne peuvent même pas faire leur contribution obligatoire de 150 $ par mois au régime de retraite public pour s'assurer de recevoir une rente de retraite. «Il faut revoir tout le système des pensions, sinon il va imploser, dit-elle. Les jeunes ne savent même pas s'ils pourront toucher une pension quand leur tour arrivera.»

«Ça va être impossible pour les jeunes», estime Hisa Hanan.

À l'autre extrémité de la pyramide d'âge, ce n'est pas la joie non plus. Les journaux font état de l'augmentation importante de la criminalité chez les personnes âgées, qui volent de la nourriture dans les épiceries et commettent toutes sortes de larcins qui sont normalement l'apanage de la jeune génération.

Ce ne sont pas des légendes urbaines, précise Mme Hanan. Il y a bel et bien une augmentation de la criminalité chez les vieux. Selon elle, ça ne peut qu'empirer.

Il va sans dire que l'opposition à la hausse probable de la taxe de vente est très forte dans la population, ce qui explique les tergiversations du gouvernement à passer à l'action.

L'intention du gouvernement japonais, réitérée par le nouveau premier ministre, est de doubler la taxe de vente de 5 à 10 %, de façon graduelle et seulement si la situation économique le permet.

La reprise mondiale connaît des ratés et le débat sur les risques d'augmenter la taxe de vente et d'hypothéquer davantage la croissance économique du Japon n'est pas près de se terminer.

Les solutions

Les économistes ont eu le temps de retourner le problème sous tous les angles. À moins d'augmenter les impôts et réduire les dépenses, l'état des finances publiques continuera de se détériorer.

Les plus récentes conclusions du comité formé par le gouvernement vont dans le même sens que les précédentes. Il propose d'augmenter l'impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises, une avenue que peut encore emprunter le gouvernement du Japon puisque ses contribuables ne sont pas surtaxés comme le sont les Québécois. Il suggère également de doubler la taxe de vente de 5 à 10 % et de vendre les participations gouvernementales dans des entreprises comme Japan Tobacco.

À court terme, la reconstruction de la région de Tohoku donnera un coup de fouet à l'économie japonaise. À plus long terme, le gouvernement doit trouver un moyen de maintenir le niveau de vie enviable que les Japonais se sont donné à force de travail.