Par un jeu de vases communicants, la débâcle des marchés boursiers en décembre va probablement rendre service aux acheteurs de maisons et de condos en ce début d'année. Explications.

Mis à jour le 9 janv. 2019
ANDRÉ DUBUC LA PRESSE

À la suite de la volatilité accrue des marchés boursiers et de ses répercussions sur le marché obligataire, le mouvement haussier des taux hypothécaires est susceptible de faire une pause au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois, un scénario qui n'était pas évident il y a quelques semaines à peine. Encore mieux, une baisse des taux hypothécaires fixes de long terme n'est plus totalement à exclure.

Le taux de rendement des obligations de cinq et de dix ans du gouvernement du Canada, des taux dont se servent les banques pour établir leur taux hypothécaire de cinq ans, a connu une baisse aussi subite qu'inattendue de plus de 60 points de base depuis novembre, passant de 2,50 % à 1,90 % dans le cas de l'échéance de 10 ans.

Les obligations servent de valeur refuge quand le marché boursier vit une grande volatilité. Décembre a été pénible pour les Bourses, comme chacun sait, les investisseurs se sont donc tournés vers le marché obligataire. Le phénomène a fait augmenter le prix des obligations et, par extension, a fait réduire leur rendement tant au Canada qu'aux États-Unis.

Le prix et le rendement d'une obligation évoluent en sens inverse. Quand le prix de l'obligation monte, son rendement redescend, et vice versa.

Les banques ajusteront-elles leurs taux ?

En théorie, une baisse de cette amplitude déclenche une baisse des taux hypothécaires fixes de cinq ans. Ce qui ne s'est pas vu jusqu'à présent.

Des courtiers hypothécaires de Toronto, dont les propos ont été rapportés dans le Globe and Mail d'hier matin, prévoient une baisse imminente des taux hypothécaires de long terme, une question de jours, selon James Laird, cofondateur du site Ratehub et président du courtier hypothécaire CanWise Financial.

Le taux cinq ans affiché dans les institutions bancaires s'établit à 5,34 % en moyenne. En négociant serré, de bons clients sont en position de décrocher ces jours-ci un taux de 3,5 %, soutient Denis Doucet, directeur des projets spéciaux chez Multiprêts Hypothèques, un courtier hypothécaire.

M. Doucet, toutefois, ne partage pas le point de vue de ses collègues torontois. « Les indications qu'on a des prêteurs, c'est qu'il n'y aurait pas de baisse imminente », dit-il au téléphone. La raison est que les grandes banques ne croient pas que la baisse des taux obligataires soit durable.

« Nous pensons que la baisse des taux obligataires des dernières semaines est exagérée. » - Mathieu D'Anjou, économiste chez Desjardins, premier prêteur hypothécaire au Québec

Son confrère chez RBC, Robert Hogue, est du même avis. « Nos prévisions n'ont pas changé pour le Canada. On s'attend à un ralentissement de la croissance économique en 2019, mais on ne s'attend pas à une récession. »

Les six grandes banques continuent de prévoir une hausse des taux obligataires de cinq ans du gouvernement du Canada jusqu'à 80 points d'ici à la fin de 2019.

En revanche, Mathieu D'Anjou, de Desjardins, convient que la baisse subite des taux obligataires met un frein à la tendance haussière des taux hypothécaires de long terme. Cette pause, nullement escomptée il y a un mois, donne un répit momentané aux acheteurs de maisons et aux propriétaires qui envisagent de renouveler ou de refinancer leur hypothèque.

Entre juin 2017 et octobre 2018, le taux affiché pour cinq ans des grandes banques a augmenté de 100 points de base, indique Yanick Desnoyers, directeur du service de l'analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ). Il remplace l'économiste Paul Cardinal, parti relever de nouveaux défis.

Mieux vaut attendre au printemps 

Pour que les prêteurs abaissent leurs taux hypothécaires, expliquent les économistes Hogue et D'Anjou, il faudrait que les taux obligataires actuels se confirment au cours des prochaines semaines, idéalement jusqu'au printemps. Le retour des beaux jours constitue une période faste pour l'achat de propriétés résidentielles. La concurrence incite alors les prêteurs à proposer leurs meilleurs taux.

Dans ces circonstances, Mathieu D'Anjou recommande aux acheteurs de faire preuve de patience avant de s'entendre avec un prêteur sur un taux. « Il n'y a pas de raison de s'attendre à un fort ajustement à la hausse des taux dans l'immédiat », dit-il.

La FCIQ s'attend à un volume de transactions record en 2019, une année en deux temps : forte activité au premier semestre, puis un ralentissement de la cadence en seconde moitié.

La hausse des transactions prévue en 2019, environ 1 %, sera donc moindre que l'an dernier, alors qu'elle avait atteint 5 %. La hausse vigoureuse des prix des propriétés, une croissance des emplois au Québec moins robuste en 2018 qu'en 2017 et des taux hypothécaires en hausse de 100 points de base en 18 mois, jusqu'en octobre dernier, justifient ces prévisions, dit M. Desnoyers.

Une pause plausible dans la normalisation des taux d'intérêt, voire une légère baisse de ceux-ci, ne vient pas changer ce scénario pour la peine, soutient M. Desnoyers.