La valeur marchande de votre propriété a reculé depuis un an et se retrouve aujourd'hui en dessous de la nouvelle évaluation municipale? Tant pis pour vous: il faudra attendre le prochain rôle triennal avant de pouvoir espérer, peut-être, corriger la situation.

MAXIME BERGERON LA PRESSE

À Montréal, la Ville a expédié la semaine dernière les nouveaux avis d'évaluation aux centaines de milliers de propriétaires de l'île. La hausse de la valeur foncière atteint 21,2% en moyenne depuis le dernier rôle de 2010, et beaucoup plus dans certains arrondissements.

Pour calculer les augmentations, les évaluateurs municipaux se sont basés sur la valeur marchande des propriétés au 1er juillet 2012. Or, dans bien des secteurs, les prix ont reculé depuis ce moment, si bien que nombre de propriétaires seraient aujourd'hui incapables de vendre leur résidence à la valeur estimée par la Ville.

«Les gens se rendent compte qu'ils arrivent en bas de la valeur marchande et ils sont très surpris», remarque Simon Beauchemin, associé à la firme d'évaluation agréée PCG&Associés, qui a déjà reçu plusieurs appels de citoyens.

Il faut dire que les propriétaires montréalais ont été habitués à la situation inverse. Le prix des propriétés a grimpé à un tel rythme, ces dernières années, que l'évaluation municipale était presque toujours inférieure à leur valeur marchande réelle.

«Dans les 10 dernières années, c'était rare que les gens se plaignent», note avec humour M. Beauchemin.

Or, la baisse des prix est bien réelle depuis juillet 2012 dans l'île de Montréal.

La valeur de revente médiane d'une maison unifamiliale s'établissait alors à 385 000$ contre 362 500$ en septembre 2013, selon les données de la Chambre immobilière du Grand Montréal.

Le prix médian des condos est passé de 279 000$ à 266 000$ pendant la même période.

Pas un argument

Qu'à cela ne tienne: cette baisse récente ne constituera en aucun cas un argument pour contester une évaluation municipale jugée trop élevée. «L'évaluateur souligne toujours que la valeur au rôle reflète le prix de vente le plus probable sur le marché au 1er juillet au 2012, dans le cas du rôle 2014-2016», explique Patricia Lowe, porte-parole à la Ville de Montréal.

Elle poursuit avec l'exemple d'un citoyen dont le condo aurait été évalué à 200 000$. «Mais, en 2013, l'entrepreneur décide de vendre des unités similaires dans le même projet à des prix inférieurs. Malheureusement, la vente de ces condos n'aura aucune incidence sur la valeur du condo évalué à 200 000$, parce que l'évaluation reflétait la valeur réelle au 1er juillet [2012].»

Il reste que les citoyens peuvent contester leur avis d'évaluation pour diverses autres raisons. L'évaluateur Simon Beauchemin fait toujours une analyse préliminaire des dossiers avant de lancer une procédure de révision en bonne et due forme.

«Si c'est un écart de 5000$ ou 10 000$, ça ne justifie pas nécessairement une contestation à cause de tous les frais rattachés à ça», explique-t-il.

Le nouveau rôle d'évaluation servira à déterminer l'impôt foncier des Montréalais pour les années 2014 à 2016. Chose certaine, les proprios ne doivent pas s'attendre à une hausse de taxes de 21,2%. Le taux de taxation sera modulé de façon à atténuer les hausses, mais les propriétaires des arrondissements centraux peuvent néanmoins s'attendre à des augmentations assez salées.

Prix médian des propriétés, île de Montréal

Juillet 2012

- Unifamiliale: 385 000$

- Condo: 270 000$

- Plex: 460 000$

Septembre 2013

- Unifamiliale: 362 500$

- Condo: 266 000$

- Plex: 438 000$

Source: CIGM