Ironiquement, les manifestants qui occupent Wall Street depuis un mois maintenant n'ont pas accès à la rue emblématique du capitalisme mondial. Depuis des semaines, la petite rue de Manhattan est totalement barrée à la circulation et la ville de New York doit débourser tous les jours une fortune pour assurer la sécurité du périmètre entourant le New York Stock Exchange.

Jean-Philippe Décarie, envoyé spécial LA PRESSE

À partir de l'Avenue Broadway, la voie d'accès de Wall Street, la rue est tissée par un labyrinthe de barrières en métal qui empêche non seulement les automobilistes d'y circuler - Wall Street est une rue piétonnière entre Brodway et le New York Stock Exchange - mais aussi et surtout qui interdit le passage des piétons.

Entre la sortie de métro et les 500 mètres qu'il faut marcher pour accéder au NYSE, les promeneurs sont encadrés par une armée de policiers. Ils sont une dizaine à chaque intersection et c'est sans compter l'omniprésence de policiers à cheval qui patrouillent au pas.

Le climat de tension et de paranoïa que l'on ressent aujourd'hui est sensiblement le même dont on a été témoin au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001, lorsque les activités de la Bourse avaient été interrompues durant près d'une semaine en raison des pannes de toutes sortes qui avaient paralysé le système informatique du NYSE.

Mais cet encadrement policier extrême tape visiblement sur les nerfs de ceux qui oeuvrent quotidiennement à la Bourse de New York. Hier et jeudi, lors de nos passages dans le périmètre de la Bourse, plusieurs courtiers pestaient contre la lourdeur des contrôles et la lenteur de la circulation des piétons qui doivent manoeuvrer dans les minces corridors qu'ils doivent parcourir.

Selon certains rapports de médias new-yorkais, il en coûte chaque jour 2 millions à la ville de New York pour assurer cette présence policière massive.

À la centaine de policiers qui surveillent Wall Street il y a en le double qui assurent une vigile, 24 heures sur 24, aux alentours de Zuccotti Park, le lieu où sont rassemblés les protestataires du mouvement Occupy Wall Street.

Même si les manifestants ont été jusqu'à maintenant totalement pacifistes, les entreprises et les commerces avoisinants le parc des contestataires ont dû embaucher des firmes de sécurité pour assurer la protection de leurs biens.

C'est ce qu'a fait Roger, le propriétaire du pub irlandais O'Hara's, situé tout juste au sud du parc.

«J'ai dû embaucher un gardien (un doorman) pour protéger l'entrée de mon restaurant. Les manifestants venaient ici pour se laver ou demander le téléphone cellulaire de mes clients. Il est temps que l'hiver arrive», laisse-t-il tomber.

Certains des manifestants ont par ailleurs appris à leurs dépens, hier matin, qu'il était hors de question de penser s'aventurer sur Wall Street. Une vingtaine d'activistes, trop heureux de ne pas avoir été délogés par les autorités de la ville hier matin ont été violemment arrêtés lorsqu'ils ont voulu aller manifester du côté de la Bourse de New York. Une bien mauvaise idée.