Ils ne sont qu'une centaine, mais ils savent attirer l'attention, quitte à haranguer, quasi-nus, les passants: depuis une semaine, des manifestants occupent une place au coeur de Wall Street, à New York, pour s'opposer «au climat économique et politique actuel».

Sebastian Smith AGENCE FRANCE-PRESSE

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Se présentant sur leur site internet (www.occupywallst.org) comme des représentants «des syndicats, des étudiants, des enseignants, des familles et des sans-emploi», ces manifestants devaient passer entre vendredi et samedi leur 7e nuit sur la Liberty Plaza.

Samedi, ils organisent un défilé.

Initialement, les organisateurs du mouvement espéraient attirer des milliers de sympathisants. À l'arrivée, une centaine sont là.

Mais quitte à être moins nombreux qu'espérés, ils rivalisent d'inventivité depuis une semaine pour se faire entendre et mettent une ambiance pour le moins inhabituelle au coeur d'un des quartiers d'affaires les plus connus et les plus surveillés au monde.

Une femme, vêtue d'une simple culotte et de chaussures, n'hésite pas à haranguer les passants dans cette tenue plus que légère, pour leur dévoiler «la vérité nue» -- comme l'affirme une inscription sur sa poitrine.

Dans une ambiance animée par le son de tambours, un jeune homme avec un skateboard explique de son côté avec animation les principes de l'étalon-or à deux policiers new-yorkais.

Jeudi, un vent de panique a soufflé sur les marchés financiers et le Dow Jones, l'index financier phare de la capitale économique américaine, a clôturé sur un recul de 3,5 %, apportant de l'eau au moulin des manifestants.

«Tout ça, c'est l'histoire du pouvoir qu'exerce 1 % de la population sur les 99 % restants. C'est pour ça que ce pays est fichu. Les gens s'en rendent enfin compte», explique Julie Engel, 21 ans.

Jeudi dans la journée, les forces de police étaient présentes en aussi grand nombre que les manifestants et surveillaient joueurs de tambours et autres harangueurs dans le calme.

«Vive la semaine de 4 jours» ou «L'emploi américain est en Chine», proclamaient quelques-unes des pancartes faites sur place à la va-vite. Celles-ci sont étalées sur le trottoir, obligeant les passants à les contourner.

«Quel bande de ratés», s'agace un jeune homme vêtu d'un costume rayé sortant d'un des bâtiments qui entourent la Bourse.

John Hamel, un autre employé d'une des innombrables entreprises de services financiers installées à proximité se montre plus clément: «Ils ont raison de manifester. Je suis d'accord avec bien des revendications, même si certaines sont erronées».

«En même temps, nous avons plutôt une bonne qualité de vie», poursuit M. Hamel. «Nous avons tous des salles de bain à l'intérieur maintenant, ce n'est plus comme dans les années 1930, quand mon père était un petit garçon», relativise-t-il.

Le problème n'est pas tant l'extrême pauvreté aux États-Unis que l'impact qu'a eu la crise financière de 2008 sur le rêve américain, pense de son côté Ginger Heatter, l'une des manifestantes.

En 2010, elle a perdu son poste d'enseignante au sein de l'université Cornell dans l'État de New York, après que la chute des cours de Bourse a drastiquement amputé le budget de l'institution. À 36 ans, elle est sans emploi, avec un emprunt étudiant de 100 000 dollars à rembourser.

«En Amérique, on nous dit que vous pouvez vous en sortir à la sueur de votre front. Je me suis rendue compte que ce n'était pas vrai», explique-t-elle. «Il y a trop de gens qui font fructifier leur argent sans même travailler. Moralement, c'est d'une indécence incroyable» ajoute-t-elle, jetant un coup d'oeil à Wall Street.