Avec des investissements d'environ 20 milliards de dollars, le Québec pourrait produire localement et de façon rentable les deux tiers de sa consommation de gaz naturel à partir d'une source renouvelable, ses déchets.

HÉLÈNE BARIL LA PRESSE

Le potentiel inexploité de nos déchets peut devenir une source majeure de richesse pour le Québec, estime une étude réalisée pour le compte d'Énergir, le distributeur de gaz naturel autrefois appelé Gaz Métro.

Énergir voudrait acheter plus de gaz naturel renouvelable, mais le Québec en produit actuellement très peu, soit moins de 1 % de ce qu'il consomme. « On démarre la roue », a expliqué Martin Imbleau, vice-président principal de l'entreprise, lors d'un entretien avec La Presse.

Le distributeur gazier a commencé par faire évaluer le potentiel de production de gaz naturel renouvelable (GNR) au Québec qui pourrait être exploité de façon rentable. Ce potentiel équivaut à 66 % de la consommation actuelle de gaz qu'on importe de l'Ouest canadien et des États-Unis.

La valorisation de ce potentiel nécessiterait des investissements de 19,8 milliards, principalement dans les régions, et donnerait un élan considérable à l'économie québécoise, estime la firme Aviseo Conseil dans l'étude rendue publique aujourd'hui.

La firme estime que ces investissements créeraient 88 000 emplois et contribueraient pour 8 milliards de dollars au produit intérieur brut du Québec.

Une fois en exploitation, les centres de production de gaz naturel renouvelable soutiendraient 15 000 emplois, dont un bon nombre à un salaire moyen de plus de 63 000 $.

Investisseurs recherchés

Tout ça ne se fera pas du jour au lendemain, convient Martin Imbleau. « Il faut rester humble et y aller à petits pas », dit-il. L'horizon de l'étude commandée par Énergir est 2030.

Les municipalités ont déjà commencé à investir dans la valorisation des déchets domestiques avec des technologies existantes, comme la biométhanisation. Le gros du potentiel se trouve dans la biomasse forestière, et sa valorisation dépend de technologies plus récentes et prometteuses, comme la pyrolyse-gazéification.

Énergir, qui s'intéresse au gaz naturel renouvelable depuis 10 ans, est convaincue que le secteur privé peut financer le gros des investissements de production et y trouver son compte. « De plus en plus d'entreprises forestières s'intéressent à la production d'énergie renouvelable, parce que ça permet de valoriser leurs déchets », explique Martin Imbleau.

Il croit que de grandes entreprises peuvent aussi s'intéresser à ce nouveau filon pour diversifier leurs activités, comme Kruger et Boralex l'ont déjà fait en investissant dans la production d'énergie éolienne.

Le démarrage d'une filière, aussi prometteuse soit-elle, aura besoin d'un coup de main de l'État, reconnaît Martin Imbleau. « Le gouvernement a un rôle à jouer pour supporter les projets et attirer des capitaux d'ici ou d'ailleurs », dit-il.

L'aide gouvernementale pourrait aussi provenir du Fonds vert pour tenir compte de la réduction des gaz à effet de serre des projets. « Ce serait probablement parmi les meilleurs projets du Fonds vert », avance-t-il.

Énergir estime que le coût de production de gaz naturel renouvelable au Québec serait inférieur à 15 $ le gigajoule, soit un coût compétitif avec les autres sources d'énergie.