Hydro-Québec a envisagé de créer un microréseau composé de panneaux solaires, d'éoliennes et d'installations de stockage dans l'île d'Orléans puisque les câbles sous-marins qui alimentent l'île en électricité ont atteint la fin de leur vie utile et doivent être remplacés. Une rare occasion d'innover et d'utiliser les nouvelles technologies de distribution d'énergie, mais Hydro a jugé ces solutions trop chères.

Mis à jour le 22 sept. 2018
Hélène Baril LA PRESSE

La société d'État a pourtant décidé d'implanter un microréseau du même genre au centre-ville de Lac-Mégantic. Il s'agit des « solutions énergétiques de l'avenir », avait-elle fait valoir lors de l'annonce du projet en février dernier.

L'île d'Orléans aurait pu avoir un réseau autonome composé d'une centrale solaire de 100 MW, d'un parc éolien de 150 MW et de batteries d'une capacité de 45 MW.

« Le coût estimé de cette combinaison de centrales solaires, éoliennes et de stockage est plusieurs fois supérieur aux coûts [des deux autres options] », justifie la société d'État dans le projet soumis à la Régie de l'énergie, qui doit approuver l'investissement requis.

PAS D'ANALYSE ÉCONOMIQUE

Invité par la Régie à préciser le coût de cette option, Hydro a répondu qu'elle n'avait pas fait d'analyse économique détaillée, parce que son coût était beaucoup trop élevé pour être comparé à celui des deux autres solutions envisagées. Elle estime toutefois que le coût de l'option microréseau s'élèverait à 100 millions, soit cinq fois plus que l'option retenue, qui coûtera autour de 20 millions.

Hydro a étudié la possibilité de remplacer les trois câbles déposés dans le lit du fleuve, entre la côte de Beaupré et la pointe de Sainte-Pétronille. Ces câbles, dont le plus ancien a 56 ans, ont depuis longtemps dépassé leur durée de vie utile, reconnaît Hydro-Québec.

L'entreprise se propose de forer le roc sous le lit du fleuve pour y enfouir un conduit métallique qui contiendrait les trois fils. Il s'agit d'un investissement évalué à 16,3 millions, auquel il faut ajouter le coût du démantèlement des anciens fils, pour un total d'environ 20 millions.

Elle privilégie cette solution même si elle est plus chère que le dépôt d'une conduite contenant les fils directement sur le lit du fleuve, ce qui coûterait 3 millions de moins.

Selon Hydro, le dépôt d'un conduit de six pouces sur le lit du fleuve nécessiterait des études environnementales et l'obtention de permis qui reporteraient la mise en service du lien à 2021. 

Parce que les études environnementales ont déjà été faites, la solution de forage choisie permet une mise en service en 2019, ce qui est jugé préférable compte tenu de l'état de dégradation du lien actuel.

DES OCCASIONS MANQUÉES

« C'est dommage qu'ils ne l'aient pas fait, estime Pierre-Olivier Pineau, spécialiste en énergie et professeur à HEC Montréal. Ç'aurait été une occasion de tester la technologie et un beau cas d'étude, notamment pour la gestion de la pointe. »

M. Pineau estime qu'Hydro-Québec est aussi passée à côté de l'occasion de créer un microréseau aux Îles de la Madeleine, où la centrale au diesel qui fournit l'électricité sera remplacée. La société d'État a plutôt choisi de relier l'archipel à son réseau principal à l'aide d'un câble sous-marin de 220 km.

Hydro a considéré l'option du microréseau pour l'île d'Orléans, mais n'en a pas discuté avec les principaux intéressés. « On n'a jamais entendu parler de ça », assure le préfet de la MRC de L'Île-d'Orléans, Harold Noël.

L'Île-d'Orléans compte 7000 habitants et le territoire est considéré comme un lieu patrimonial. La population de l'île double en été et ses besoins en électricité sont en croissance. Lors des périodes de grand froid, les câbles actuels sont mis à rude épreuve, selon Hydro. Si la Régie de l'énergie lui donne son aval, la société d'État prévoit commencer les travaux dès cet automne.

Le câble le plus ancien, installé en 1962, sera retiré. Les deux autres resteront en place et serviront de relève pour une période de trois ans, après quoi ils seront démantelés.