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Projet éolien Apuiat: un chef innu dénonce «un triste spectacle»

Le chef de la communauté innue d'Essipit, Martin Dufour.... (Photo fournie par Martin Dufour)

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Le chef de la communauté innue d'Essipit, Martin Dufour.

Photo fournie par Martin Dufour

« Les chefs sont furieux. » Cinq jours après avoir reçu la missive du grand patron d'Hydro-Québec, qui remettait en doute la viabilité du projet éolien Apuiat, les neuf chefs de la nation innue ne décolèrent pas et, surtout, ils peinent à s'expliquer la tempête politique dans laquelle ils se disent plongés contre leur gré depuis une semaine.

Paysage du parc éolien de Cap-Chat, en Gaspésie... (PHOTO BERNARD BRAULT, Archives LA PRESSE) - image 1.0

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Paysage du parc éolien de Cap-Chat, en Gaspésie

PHOTO BERNARD BRAULT, Archives LA PRESSE

« On peut dire que c'est un triste spectacle », se désole le chef de la communauté innue d'Essipit sur la Côte-Nord, Martin Dufour. La nation innue est sortie vendredi de son mutisme en accordant une entrevue à La Presse. « Politiser le projet, ce n'est pas notre but. Ça fait trois ans qu'on travaille là-dessus, et ça devient un enjeu électoral ? C'est déplorable. »

Martin Dufour et ses homologues de la Côte-Nord ne sont pas tendres à l'endroit du président-directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel, qui fait preuve, selon eux, d'« un manque total de respect envers leur nation » en se plaçant entre les Innus et le gouvernement, qui consolident « une relation de nation à nation » depuis des années.

Les chefs innus ont répliqué vendredi en envoyant à leur tour une lettre adressée à M. Martel dans laquelle ils expriment « colère et déception » quant à son intervention. « Vous sous-entendez que vous seuls êtes en mesure d'évaluer ce qui constitue un projet structurant pour nos communautés alors que c'est à nous d'en juger », écrivent-ils.

« En remettant en question [...] le projet dans son ensemble, vous ne vous ingérez pas uniquement dans la gouvernance de notre projet et dans celle de nos communautés, mais également dans une relation de nation à nation qui n'est pas de votre ressort. »

- Extrait de la correspondance signée des neuf chefs innus que La Presse a obtenue

En entrevue, le chef Dufour va plus loin. « On ose croire que le conseil d'administration d'Hydro-Québec n'appuie pas une position aussi rétrograde à l'égard des relations que l'on doit aussi entretenir entre la société d'État et les Premières Nations », lance le chef de la communauté, située à quelques kilomètres de Tadoussac.

PROJET ATTENDU

Évalué à plus de 600 millions, le projet Apuiat prévoit l'installation d'un parc éolien d'une puissance de 200 mégawatts dans le secteur de Rivière-Pentecôte, municipalité près de Port-Cartier. La phase de construction s'accompagnerait de la création de quelque 400 emplois. Sur la Côte-Nord, le projet piloté par les Innus fait l'unanimité au sein des villes et des collectivités.

Le parc Apuiat est sur la table à dessin depuis 2015 alors que le bloc énergétique a été accordé à la nation innue par Québec pour la réalisation d'un projet éolien communautaire. Cette portion d'énergie a été la dernière cédée sur le bloc de 4000 mégawatts accordé dans le cadre de la stratégie énergétique 2006-2015 pour la mise en valeur de la filière éolienne.

« Pourquoi nos 200 mégawatts font-ils autant de vagues ? Les 3800 autres n'en font pas. »

- Martin Dufour, chef de la communauté innue d'Essipit, sur la Côte-Nord

Dans sa lettre du 6 août, Éric Martel affirme que le contrat d'achat d'électricité « actuellement envisagé » avec le projet Apuiat entraînerait des pertes financières estimées entre 1,5 et 2 milliards pour la durée du contrat de 25 ans.

Pour la nation innue, les estimations du grand patron d'Hydro-Québec sont incompréhensibles. « On aimerait que vous lui posiez la question, parce que [...] on a quand même des gens d'expertise, autour de la table, et ils essayent de décortiquer ses chiffres. Personne ne les comprend », soutient M. Dufour, qui rappelle que l'entreprise Boralex est le partenaire du projet.

M. Martel soulève aussi des craintes sur la question des retombées réelles pour la nation innue, qui pourraient être « faibles ou inexistantes » à la lumière « des données recueillies à ce jour ». Pour leur part, les Innus réaffirment qu'ils toucheront « plus de 50 % des bénéfices » liés au projet par la création d'une société en commandite.

« On a fait nos devoirs, on a lancé un appel d'offres [...] Boralex avait le meilleur projet, le plus économique, le plus rentable », clame Martin Dufour. Les Innus voient d'ailleurs dans l'appui fort manifesté par le gouvernement libéral un signe que le projet Apuiat tient la route. « Ça dit que notre projet est viable, qu'il est bon », tranche le chef Dufour.

Malgré la tension des derniers jours, les Innus assurent qu'ils sont prêts à s'asseoir dès lundi avec Hydro-Québec pour négocier le contrat d'achat d'électricité. « Il ne manque pas grand-chose pour clore le dossier », affirme M. Dufour. La nation innue entrevoit aussi avec la conclusion d'une entente, une occasion « de réconciliation » avec Québec et Hydro.

« On est une nation fière. On commence à s'impliquer, on veut participer au développement. C'est une occasion incroyable pour nous », lance-t-il. Par le passé, Hydro-Québec a conclu plusieurs ententes avec les Innus pour la réalisation des projets hydroélectriques, mais c'est la première fois qu'ils seraient les maîtres d'oeuvre d'un projet énergétique sur la Côte-Nord.




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