Alors que la chute des cours du brut fait la manchette depuis le début de l'été, les prix à la pompe restent élevés au Canada, particulièrement au Québec.

Mis à jour le 24 août 2015
Sylvain Larocque LA PRESSE

Vendredi, le prix moyen tournait autour de 1,19$ le litre à Montréal. C'est à peine 4% de moins qu'à la mi-mai. Or, pendant la même période, les cours du pétrole ont reculé de plus de 30% en dollars américains et de près de 25% après conversion en dollars canadiens.

Les pétrolières ont comblé l'écart en augmentant leurs marges de raffinage, qui sont passées de 9 à 16 cents au début de l'année à plus de 20 cents, voire 25 cents le litre, selon la Régie de l'énergie. Même si elles fluctuent grandement de jour en jour, les marges de détail ont quant à elles peu augmenté, tournant autour de 8 ou 9 cents en moyenne.

Les marges des pétrolières en hausse

«Comme la demande de carburants demeure élevée, les raffineries ont décidé de prendre une plus grande marge bénéficiaire», explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, en précisant qu'à l'heure actuelle, les raffineries nord-américaines fonctionnent pratiquement au maximum de leur capacité. «Il est plus facile et rapide de forer un puits de pétrole que d'agrandir une raffinerie», note le spécialiste.

«On comprend que le marché du pétrole est complexe, mais on aimerait que les prix à la pompe reflètent le plus possible les cours du pétrole», affirme Anne-Sophie Hamel, porte-parole de CAA-Québec. Selon l'outil Info essence de l'organisme de défense des automobilistes, les prix moyens à la pompe sont actuellement plus élevés que les «prix réalistes» dans toutes les régions du Québec. CAA-Québec calcule ces prix souhaitables en additionnant le prix de l'essence à la rampe de chargement à la marge au détail moyenne des 52 semaines précédentes. L'outil permet donc de déceler les marges de détail anormalement élevées.

Les pétrolières intégrées compensent donc une bonne partie de la baisse des profits de leurs activités de production en haussant ceux de leurs divisions de raffinage. Au deuxième trimestre, le géant albertain Suncor, qui possède les stations Petro-Canada, a ainsi vu le bénéfice d'exploitation de ses sables pétrolifères plonger de 64% alors que celui de son secteur raffinage et commercialisation a plus que doublé. En définitive, le bénéfice d'exploitation de l'entreprise n'a reculé que de 20% en un an alors que les cours du brut ont chuté de plus de 40% pendant la même période. Le recul de l'action de Suncor a été encore moindre: à peine 16% depuis le sommet atteint à la mi-avril.

En annonçant elle aussi une forte hausse des profits de ses activités de raffinage au deuxième trimestre, la pétrolière américaine ExxonMobil a d'ailleurs souligné que le contexte actuel «met en évidence la résilience du modèle d'affaires intégré» (la combinaison des activités d'exploration, de production, de raffinage et de commercialisation).

Rappelons que la semaine dernière, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a demandé au gouvernement fédéral d'enquêter sur l'industrie. «Le Bureau de la concurrence doit se pencher sur les pratiques des grandes pétrolières qui gonflent leurs prix aux dépens des consommateurs», a-t-il déclaré.

L'outil Info essence de CAA-Québec : https://www.caaquebec.com/fr/sur-la-route/interets-publics/dossier-essence/info-essence/