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Tirer parti de ses ressources naturelles

Après avoir longtemps hésité, le gouvernement du Québec... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Après avoir longtemps hésité, le gouvernement du Québec a décidé d'aller voir si le sous-sol de l'île d'Anticosti contient plus que des promesses d'hydrocarbures, mais il arrive tard dans la partie et prend la plus grande part du risque d'exploration.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Hélène Baril

Chacun en son temps, tous les peuples de la terre ont exploité les ressources pour améliorer leur sort. L'or des Incas, c'est aujourd'hui le pétrole des Américains, des Norvégiens et des Canadiens. Le Québec serait l'exception sur la planète s'il décidait de tourner le dos à son potentiel pétrolier et gazier.

Après avoir longtemps hésité, le gouvernement du Québec a décidé d'aller voir si le sous-sol de l'île d'Anticosti contient plus que des promesses d'hydrocarbures. Il arrive tard dans la partie et prend la plus grande part du risque d'exploration dans le but d'en retirer la plus grande part des bénéfices, soit 60%. Est-ce la meilleure façon d'enrichir les Québécois?

Idéalement, ce sont les capitaux privés qui devraient être investis dans un secteur aussi risqué que celui des hydrocarbures, estime Germain Belzile de l'Institut d'économie appliquée de HEC Montréal. «Le gouvernement n'a ni connaissance ni expertise dans l'industrie», souligne-t-il.

Mais dans les circonstances, selon lui, c'était la décision à prendre. «Si le gouvernement avait laissé ça à l'entreprise privée, il y aurait eu une levée de boucliers. Pour l'acceptabilité sociale, c'est mieux que le gouvernement s'implique.»

La formule retenue, selon laquelle la gestion du projet sera laissée au privé, lui semble être un bon compromis pour augmenter les chances de réussite de ce nouveau front économique.

Si le gouvernement Marois met plus d'argent que ses partenaires privés pour explorer les entrailles de l'île d'Anticosti, c'est peut-être qu'aucun acteur important de l'industrie n'y croit. C'est ce que plusieurs pensent, dont Jean-Thomas Bernard, spécialiste en énergie et professeur à l'Université d'Ottawa.

Il rappelle que ça fait longtemps que les partenaires gouvernementaux Junex et Pétrolia cherchent des sociétés pétrolières aux poches plus profondes que les leurs. «S'il y avait vraiment un potentiel, les majors se seraient manifestées», assure-t-il.

Il n'y a pas beaucoup de territoires ouverts à l'exploration et à l'exploitation pétrolière dans le monde, souligne Jean-Thomas Bernard. À l'exception de ceux de l'Amérique du Nord et de l'Australie, où le privé a le champ libre, tous les États gardent la main haute sur leurs ressources naturelles. «Huit barils de pétrole sur dix dans le monde sont sous contrôle gouvernemental», dit-il.

Les sociétés pétrolières s'activent de plus en plus dans des endroits hostiles, comme l'Arctique, ou très risqués, comme le fond des mers. Elles extraient des sables bitumineux de l'Alberta, un des pétroles les plus chers de la planète. Par comparaison, Anticosti serait pour elles un paradis, si elles croyaient à son potentiel, explique le professeur.

Normand Mousseau, qui a présidé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, n'est pas opposé à la décision du gouvernement du Québec de s'impliquer directement dans le secteur pétrolier. «Mais on le fait à l'envers», estime-t-il.

Selon lui, il aurait d'abord fallu se doter d'une expertise et d'un modèle d'intervention avant de former un partenariat précipité avec Junex, Pétrolia et Maurel&Prom. «On y va à l'aveuglette, sans être capable de discuter d'égal à égal avec l'industrie», déplore Normand Mousseau.

«Il y a trois modèles dans l'industrie du pétrole: le modèle privé, le modèle d'État et le modèle mixte, poursuit-il. Le gouvernement a choisi le modèle mixte et donne l'exemple de la Norvège, mais il n'y a pas eu de discussions sur le modèle.»

Personne ne peut donc dire si la voie qu'on a choisi d'emprunter est la bonne, selon lui. «On s'en va dans le noir. C'est rare qu'on fasse de l'argent quand on ne sait pas où on va, dit-il. Il faut être chanceux.»

Si le Québec était chanceux et que le pétrole d'Anticosti était économiquement exploitable, Germain Belzile n'est pas certain que le gouvernement aurait la même discipline que le gouvernement norvégien pour en tirer le meilleur profit possible. «Il dirait, «Wow, on a du cash», on va en profiter pour faire toutes sortes de dépenses», prévoit-il.

Les trois modèles pétroliers

1- Le modèle d'État

L'exemple du Mexique :

L'industrie pétrolière est un monopole d'État au Mexique depuis 76 ans, mais elle est loin d'être aussi prospère que ses pairs ailleurs dans le monde. Sa production est en déclin depuis 10 ans et Pemex, l'entreprise nationale, a accumulé les déficits pendant que les profits des sociétés pétrolières ailleurs dans le monde atteignaient des records. Le gouvernement mexicain a toujours pigé allègrement dans les coffres de sa société d'État pour se financer, ce qui ne lui laisse pas assez d'argent pour investir dans ses infrastructures et dans les activités d'exploration pour augmenter sa production. Pemex verse la moitié de ses revenus en taxes et redevances à l'État.

Cette piètre performance est d'ailleurs la raison pour laquelle le Mexique vient d'ouvrir les portes du secteur pétrolier aux Shell, et Exxon Mobil de ce monde. L'objectif est de renverser la vapeur pour doubler la production de pétrole de 2,5 à 5 millions de barils par jour.

2- Le modèle privé

Le cas de l'Alberta et de Terre-Neuve : 

Au Canada, l'État a laissé toute la place au privé depuis qu'il a vendu ses intérêts dans Petro-Canada. Ce sont les redevances payées par les entreprises privées et les taxes et impôts des entreprises qui sont la source de richesse de l'Alberta. La province la plus riche en hydrocarbures est aussi la province la plus riche tout court. Les redevances pétrolières comptent pour 25% des revenus du gouvernement albertain.

À l'autre extrémité du pays, Terre-Neuve profite aussi de la manne pétrolière, mais son gouvernement possède 10% des projets pétroliers par sa société d'État Nalcor, en plus de recevoir des dividendes. Ça n'a pas été facile. Les majors ne voulaient pas avoir l'État comme partenaire mais elles ont dû l'accepter parce que le premier ministre d'alors Danny William a tenu bon et a finalement obtenu à l'arraché une participation minoritaire. Aujourd'hui, le tiers des revenus de Terre-Neuve viennent du pétrole et la province, autrefois une des plus pauvres au Canada, ne reçoit plus de péréquation.

3- Le modèle mixte

La Norvège : 

C'est le pays que rêve d'imiter le gouvernement Marois. La Norvège s'est enrichie avec son industrie pétrolière, qu'elle a contrôlée à 100% de 1972 jusqu'à son inscription en Bourse en 2001. La société Statoil est devenue un géant pétrolier dont l'État contrôle 70% des actions. Les profits pétroliers sont investis à l'extérieur du pays par un fonds qui est devenu le plus gros fonds souverain du monde démocratique. Cet argent a fructifié avec tant de succès que chacun des 5 millions de Norvégiens est devenu millionnaire, du moins sur papier. Mais Statoil ne fait pas de cadeau à ses actionnaires. L'argent du fonds est destiné aux générations futures et le gouvernement ne peut pas piger dedans pour se financer. Il n'a accès qu'aux revenus annuels de placement. L'essence à la pompe se vend au prix du marché, auquel s'ajoutent des taxes encore plus élevées qu'au Québec.




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