Est-ce que l'État doit continuer de décréter un prix minimum pour l'essence vendue à la pompe, comme il le fait depuis 1999? La question se pose à la lumière de la récente décision de la Régie de l'énergie, qui a augmenté le prix minimum auquel un détaillant peut vendre son carburant.

Hélène Baril LA PRESSE

La décision est contestée par le détaillant Costco, qui prétend que le prix minimum devrait baisser au lieu d'augmenter, parce que les stations-service sont devenues plus efficaces et que leurs frais d'exploitation sont en baisse.

Selon la Régie, un détaillant ne peut pas vendre le litre d'essence à un prix inférieur au coût d'acquisition du produit, plus 3,5 cents qui représentent les frais d'exploitation d'une station-service efficace. Cette marge d'exploitation était fixée à 3 cents par litre depuis presque 15 ans.

L'Association québécoise des indépendants du pétrole (AQUIP) avait réclamé à la Régie une augmentation de cette marge à 4,9 cents à Montréal et à 6,6 cents dans les régions, pour tenir compte des frais d'exploitation en hausse des détaillants.

Nouvelle réalité

Costco soutient que la hausse de 3 à 3,5 cents décrétée par la Régie ne tient pas compte de la réalité du marché. Le volume des ventes dans les stations-service a augmenté avec le temps, et les détaillants profitent d'escomptes de volume lorsqu'ils achètent leur essence. Les frais d'exploitation qui servent au calcul du prix minimum devraient plutôt être réduits de 3 cents à 2 cents le litre, affirme Costco dans sa demande de révision de la décision de la Régie.

Québec impose un prix minimum de l'essence depuis 1999 pour protéger les indépendants contre les pétrolières intégrées qui ont la capacité de réduire les prix à la pompe parce qu'elles peuvent se rentabiliser dans la production et le raffinage du pétrole.

Le plus curieux dans cette nouvelle escarmouche dans le dossier de l'essence, c'est qu'elle oppose deux indépendants du marché de l'essence - Costco d'un côté et les membres de l'AQUIP de l'autre, soit des détaillants comme Crevier et Sonic -, et non les pétrolières intégrées contre les indépendants.

Les grandes pétrolières ont décidé de ne plus participer à ce débat. «C'est du gaspillage de temps et d'argent», explique leur porte-parole, Carol Montreuil, de l'Association canadienne des carburants.

Selon lui, le marché québécois de l'essence a changé et son efficacité a augmenté. Le nombre de points de vente a diminué, et il y a moins de guerres de prix. «C'est devenu un combat entre les indépendants.»

Costco n'est pas une pétrolière intégrée, reconnaît la porte-parole de l'AQUIP, Sonia Marcotte, «mais c'est rendu une multinationale du commerce de détail», dit-elle.

Une loi utile

Selon elle, la loi sur le prix minimum a été utile et l'est toujours pour maintenir en vie les petits détaillants d'essence et un bon niveau de concurrence sur le marché. «C'est bon pour les détaillants et bon pour les consommateurs», soutient-elle.

Robert Gagné, professeur à HEC Montréal, n'est pas du même avis. «Je pense que ça ne sert à rien, dit-il. C'est une réglementation inutile et coûteuse à administrer, qui limite la concurrence plutôt que de l'encourager.»