La Bourse de croissance TSX est-elle mûre pour une purge? Mis à sec par la fuite des investisseurs et le manque de financement, le secteur de l'exploration minière cherche désespérément des fonds. Des observateurs et acteurs de l'industrie prédisent qu'une réduction significative du nombre de sociétés permettra d'éclaircir le paysage et de favoriser l'entrée d'argent.

Hugo Fontaine LA PRESSE

Le portrait est corsé pour les sociétés d'exploration minière. Environ le tiers des sociétés minières cotées en Bourse ont moins de 200 000$ dans les coffres, observe Anand Beejan, associé et leader du secteur minier pour le Québec chez Raymond Chabot Grant Thornton. C'est à peine suffisant pour survivre pendant un an.

Le total des financements réunis sur le TSX-Croissance, principal lieu d'échange des actions d'exploration minière, a reculé de 41% en 2012. «Il y a de la demande pour les sociétés avec des projets avancés. Pour les autres, c'est plus difficile», note Mathieu Séguin, vice-président au financement des sociétés chez Valeurs mobilières Industrielle Alliance.

«Le marché est indifférent au succès de ces sociétés-là», renchérit le président de l'Association de l'exploration minière du Québec (AEMQ), Philippe Cloutier. Les investisseurs craignent les placements trop spéculatifs.

Un nettoyage en vue

Mais pour faire revenir l'argent et intéresser de nouveau les investisseurs, encore faut-il qu'ils puissent séparer le bon grain de l'ivraie parmi les quelque 1300 sociétés, 300 de plus qu'il y a six ans.

«La plupart des sociétés [minières] sur le TSX-Croissance ne valent rien», a affirmé le gestionnaire d'actifs Rick Rule, de Sprott Global Resource Investment, dans une entrevue au site smallcappower.com. Selon lui, il faut revivre une période comme au début des années 90, quand une douzaine de sociétés par mois disparaissaient des écrans.

John Kaiser, auteur de la lettre financière Kaiser Bottom Fish, prévoit la disparition de pas moins de 500 sociétés dans la prochaine année, et que ce sera sain pour le secteur. «Cela permettrait aux investisseurs de mettre l'accent sur les sociétés sérieuses», a-t-il précisé dans un entretien publié sur le site The Gold Report.

Philippe Cloutier, de l'AEMQ, estime aussi que le nombre élevé de sociétés crée un «bruit de fond» pour l'investisseur. Selon lui, les institutions qui détiennent des participations dans le secteur devraient encourager des sociétés juniors à fusionner. «Parce que un plus un, ça peut égaler trois!», lance M. Cloutier.

Le président et chef de la direction de Ressources Sirios (exploration à la Baie-James), Dominique Doucet, convient aussi qu'il y a «trop de sociétés pour la tarte actuelle. C'est impossible que tout le monde réussisse à passer au travers».

Il croit lui aussi à une consolidation, mais «avec une logique, parce que zéro plus zéro égale zéro».

Jumeler argent et projet

Selon lui, il faut jumeler une société qui a un projet, mais pas d'argent, avec une société qui n'a pas de projet, mais de l'argent. «Actuellement, il y a beaucoup de sociétés qui ont des projets. Le point commun, c'est qu'elles n'ont pas d'argent!»

La réduction significative du nombre de sociétés n'est donc pas garantie. D'autant plus que plusieurs d'entre elles n'ont pas de dette et peuvent survivre tout en n'ayant aucune activité. «Cela rajoute deux ou trois vies à leur existence», remarque Mathieu Séguin.

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Panne de financement minier

- 41%

En 2012, le total du financement réuni sur le Bourse de croissance du TSX a reculé de 41% par rapport à 2011, avec un total de près de 6 milliards.

1309

À la fin de décembre 2012, la Bourse de croissance TSX comptait 1309 sociétés minières inscrites, soit plus de la moitié du total des inscriptions de cette Bourse. En 2006, le TSX-Croissance comptait 983 sociétés minières.

986

Plus des trois quarts des titres miniers du TSX-Croissance (986 sur 1309) se négociaient à moins de 20 cents au 31 janvier 2013 et 242 sociétés avaient des capitalisations inférieures à 1 million.

200 000$

Le tiers des sociétés minières ont moins de 200 000$ dans les coffres.

Sources: TMX, Raymond Chabot Grant Thornton, The Gold Report, Smallcappower.com