Un restaurant qui décide de composter ses déchets. Un aréna qui change son système de réfrigération pour le rendre moins polluant. Une école qui passe du mazout à l'électricité pour se chauffer.

Mis à jour le 22 oct. 2012
Philippe Mercure LA PRESSE

Toutes ces actions permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais prises individuellement, elles sont trop petites pour être récompensées par la nouvelle économie du carbone. Techniquement, on pourrait toujours en tirer des crédits de carbone et les vendre. Mais avec les divers frais et les efforts requis, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle.

La chance aux petits

C'est pour donner la chance aux petits joueurs d'accéder au marché du carbone que Solutions Will brasse des affaires. L'entreprise, qui s'appelait autrefois Gedden, vient d'effectuer un virage et fonce maintenant tête baissée vers un nouveau concept: regrouper les réductions engendrées par de petits projets de gaz à effet de serre, puis les enregistrer et les vendre d'un bloc sur le marché.

«Les petits émetteurs génèrent 70% des émissions de la province, souligne Martin Clermont, PDG de Solutions Will. Et si on veut que le Québec atteigne son objectif de réduire ses émissions de 25% d'ici 2020 (par rapport au niveau de 1990), il va falloir que tout le monde soit mis à contribution.»

Aujourd'hui même, M. Clermont sera à Saint-Gédéon-de-Beauce, où il remettra un chèque au maire de la ville. La municipalité a réussi à éviter l'émission de 110 tonnes de CO2 en récupérant la chaleur de son aréna, en changeant le système de chauffage de la mairie et en installant un mur solaire sur son garage municipal.

Un marché volatil

En temps normal, des réductions de 110 tonnes sont très difficiles à monnayer. D'abord, il faut savoir que les types de projets réalisés à Saint-Gédéon ne sont pas admissibles aux marchés réglementés, comme celui qui démarrera au Québec le 1er janvier prochain.

Sur le marché volontaire - celui où Solutions Will veut être actif - les prix varient quelque part entre 2 et 120$ la tonne selon la qualité des crédits. Même en prenant le haut de la fourchette, la somme dont on peut rêver n'atteint pas 25 000$ - un montant qui ne justifie pas tous les efforts et les frais nécessaires pour rêver la toucher.

Solutions Will, de son côté, a fait approuver sa méthodologie de regroupement de crédits par le programme VCS (pour Verified Carbon Standard), l'un des plus stricts de l'industrie. Elle s'assure ainsi d'obtenir un prix élevé pour les crédits qu'elle récolte. Les crédits générés à Saint-Gédéon, par exemple, seront regroupés avec d'autres générés ailleurs, puis enregistrés et vendus en bloc.

«On génère des économies d'échelle que les petits promoteurs de projet ne pourraient pas obtenir», résume M. Clermont. Ultimement, ces crédits finiront dans les poches d'entreprises comme Google ou Microsoft, qui veulent améliorer leur bilan de carbone pour des raisons d'image de marque.

Le partage des profits

Quant aux profits générés par la vente des crédits, Solutions Will les partage à parts égales avec les promoteurs de projets.

«On ne veut pas de touristes et on veut des projets de qualité. Mais on promet aux gens qui font les bons efforts de toucher des montants chaque année», dit le PDG.

M. Clermont dit avoir «fait adhérer» 5000 sites de réduction de GES à sa solution, même si tous les contrats ne sont pas encore signés. Ses clients vont des municipalités aux dépanneurs en passant par les congrégations religieuses et les franchises de restaurants connus. L'entreprise préfère cependant ne pas divulguer combien de crédits de carbone elle a accumulés à ce jour.

Ses objectifs, en tout cas, sont ambitieux. D'ici 2015, l'entreprise veut doubler le nombre de sites qui génèrent des crédits. Le nombre d'employés, pendant ce temps, devrait bondir de 6 à 85.

En 2020, Solutions Will veut être en mesure d'empêcher l'émission de 4 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère au Québec. Si elle y parvient, elle réaliserait plus de 20% de l'objectif de réduction de la province au complet.

Mais le Québec n'est que le début de l'aventure.

«On estime qu'il a 1000 juridictions comme le Québec dans le monde où notre solution est applicable, dit Martin Clermont. Ce qu'on en train de mettre en place, ça n'existe nulle part sur la planète. Et ce sera essentiel si on veut embarquer les petits émetteurs dans les efforts de réduction.»

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Solutions Will

Qui: Le PDG Martin Clermont et cinq autres employés.

L'idée: Une méthodologie approuvée capable de regrouper les efforts de réduction de gaz à effet de serre des petits émetteurs et de les monétiser.

L'ambition: Générer des crédits de carbone équivalents à 4 millions de tonnes de CO2 au Québec en 2020.

Ils y croient et y ont misé de l'argent: plusieurs des employés de l'entreprise. Solutions Will a aussi obtenu des prêts ou subventions du ministère des Ressources naturelles, de Recyc-Québec, d'Emploi-Québec et du Centre d'excellence en efficacité énergétique.