Une guerre de mots sur fond de sable et de cailloux bat son plein dans le désert de Gobi, en Mongolie. La minière canadienne Ivanhoe Mines (T.IVN) a sommé hier le gouvernement local de respecter ses engagements relatifs à une immense mine de cuivre et d'or que l'entreprise cherche à construire dans ce pays d'Asie centrale. La déclaration fait suite à la volonté du gouvernement mongol de revoir son contrat avec l'entreprise canadienne.

Philippe Mercure LA PRESSE

Toute cette controverse a démarré dimanche à l'emplacement de la future mine d'Oyu Tolgoi, en Mongolie, lorsqu'employés et dignitaires étaient réunis en plein désert pour célébrer l'achèvement de la moitié des travaux. Après une série de discours prononcés sous un soleil de plomb, le ministre des Mines de la Mongolie, Deshdorj Zorigt, a jeté un pavé dans la marre en affirmant à une poignée de journalistes étrangers que son gouvernement veut rouvrir le contrat signé en 2009 avec Ivanhoe Mines, une entente qui a pourtant nécessité six ans de négociations.

«Ivanhoe Mines s'attend à ce que le gouvernement de la Mongolie respecte le contrat d'investissement d'Oyu Tolgoi», a réagi hier l'entreprise canadienne par voie de communiqué, affirmant que ce contrat est «juste» et qu'il représente un «engagement légal contraignant qui mérite et demande le support inconditionnel de toutes les parties».

Le géant australo-britannique Rio Tinto, qui détient 48,5% des actions d'Ivanhoe Mines et qui dirige la construction de la mine d'Oyu Tolgoi, avait réagi de la même manière dimanche.

«L'entente d'investissement est un contrat. Nous allons l'honorer, et nous nous attendons à ce que le gouvernement l'honore aussi», a dit Cameron McRae, directeur de Rio Tinto en Mongolie.

«Un environnement instable où on force des changements aux ententes déjà conclues rend les investisseurs très méfiants», a ajouté M. McRae en guise d'avertissement au gouvernement de la Mongolie.

La nouvelle demande du gouvernement mongol concerne la part de l'actionnariat de chacune des parties dans Oyu Tolgoi, un chantier qui nécessitera les plus importants investissements miniers de l'histoire.

Pour l'instant, Ivanhoe Mines détient 66% des actions d'Oyu Tolgoi, comparativement à 34% pour le gouvernement de la Mongolie. Le gouvernement mongol possède cependant l'option d'augmenter sa participation jusqu'à 50% d'ici 30 ans. Or, cette progression est maintenant trop lente au goût du ministre Deshdorj Zorigt, qui demande d'accélérer l'échéancier.

La déclaration du ministre n'était pas tout à fait inattendue et avait déjà fait l'objet de maintes rumeurs. Plus tôt ce mois-ci, 20 membres du Parlement mongol avaient signé une pétition demandant au gouvernement de rouvrir l'entente d'investissement d'Oyu Tolgoi. Selon plusieurs observateurs, la tenue d'élections en juin prochain en Mongolie n'est pas étrangère aux nouvelles demandes du gouvernement, plusieurs Mongols craignant que leur gouvernement ne brade les ressources du pays aux firmes étrangères.

Rio Tinto a déjà investi 3,6 milliards dans le projet d'Oyu Tolgoi et prévoit y injecter 16 milliards à terme. La mine devrait entrer en exploitation dès 2013. Avec une production annuelle prévue de 450 000 tonnes de cuivre et 330 000 onces d'or pendant 50 ans, elle promet de devenir l'une des cinq plus grandes mines de cuivre et l'une des 15 plus importantes mines d'or du monde.

Pour l'instant, 14 000 travailleurs s'activent sur le terrain où sont érigées d'immenses structures d'acier. Un constant va-et-vient de camions et machines y soulève des nuages de poussière.

L'un des facteurs qui pourraient retarder la mise en production est l'approvisionnement en électricité, censé venir de la Chine voisine. Une autre guerre de mots, celle-là entre Rio Tinto et Ivanhoe Mines, bat aussi son plein à ce sujet. Dans une série de communiqués au ton acerbe, Ivanhoe Mines a accusé Rio Tinto d'avoir laissé sous-entendre à des investisseurs que des retards possibles pourraient survenir à cause de difficultés de négociations entre le gouvernement de la Chine et celui de la Mongolie, ce que l'entreprise nie catégoriquement.

L'action d'Ivanhoe Mines a perdu9,15% hier pour clôturer à15$.