Le pétrole a perdu plus de 6% de sa valeur jeudi à New York, sur fond de débâcle boursière et de brusque raffermissement du dollar, sous le coup du constat pessimiste dressé par la banque centrale des États-Unis (Fed), le premier pays consommateur d'or noir.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» pour livraison en novembre a terminé à 80,51$ US, en chute de 5,41$ US (6,3%) par rapport à la veille.

Les cours sont tombés au pire de la séance à 79,66$ US, leur plus bas niveau depuis plus d'un mois sur le marché new-yorkais.

À Londres, sur l'IntercontinentalExchange, le baril de Brent de la mer du Nord à échéance identique a lâché 4,87$ US à 105,49$ US.

«Le marché a été très déçu du communiqué de politique monétaire de la Fed», a résumé Tom Bentz, de BNP Paribas.

Le marché pétrolier a suivi les places boursières, en pleine déprime au lendemain de la réunion de la Fed. L'institution a annoncé de nouvelles mesures de soutien à l'économie, visant à faire baisser les taux d'intérêt à long terme.

Mais le dispositif de la banque centrale ne revient à aucune nouvelle injection de liquidités sur les marchés et les analystes ont affiché un certain scepticisme quant à son efficacité.

Et «le communiqué a déprimé le marché, en relevant les risques significatifs qui pèsent sur l'économie», ont relevé les analystes de Commerzbank.

La Fed a qualifié la reprise économique de «lente» et souligné les «risques importants» qui la menacent.

Ces déclarations, en plus de faire dégringoler les indices boursiers, «ont renforcé le dollar, ce qui va en général avec une baisse des prix du pétrole et de l'or», a observé Adam Sieminski, de la Deutsche Bank.

Tout renchérissement du billet vert, au plus haut depuis janvier jeudi face à l'euro, rend ces matières premières moins attractives pour les investisseurs munis d'autres devises.

«La conjonction des inquiétudes concernant la croissance économique et la demande (de pétrole, NDLR) et de raffermissement du dollar ont contribué à la baisse des cours», a ajouté l'analyste.

«Beaucoup d'indicateurs économiques sont très décevants, et c'est le cas depuis un moment, pas seulement aujourd'hui. Les marchés boursiers et des matières premières intègrent l'idée d'une récession», a-t-il poursuivi.

Les cours des matières premières, notamment de l'énergie et des métaux, ont été plombés par un indicateur décevant en Chine, où l'activité manufacturière s'est de nouveau contractée en septembre selon l'indice PMI de la banque HSBC.

Aux États-Unis, les statistiques du jour n'ont pas rassuré. Les inscriptions au chômage sont reparties à la baisse la semaine dernière, mais moins qu'espéré. L'indice composite du Conference Board a par ailleurs ralenti sa hausse (+0,3%) en août, ce qui témoigne d'une augmentation du risque de rechute de l'activité.

Dans ce contexte agité, les analystes de Goldman Sachs ont révisé en nette baisse leur prévision de cours du brut à trois mois à New York, à 97,50$ US le baril contre une estimation précédente à 115$ US.

Côté offre, en Libye, le président de la commission de l'économie, des finances et du pétrole du CNT, Moustapha El Houni, a indiqué que la production d'or noir reprendrait dans les très prochains jours.

«Mais l'exportation prendra plus de temps», a-t-il indiqué lors d'un entretien avec l'AFP, en ajoutant qu'«atteindre la production normale de la Libye de 1,6 million de barils par jour est encore loin.»